Les PDG du secteur industriel accordent davantage d’importance aux turbulences externes qu’aux préoccupations liées à l’IA
Les PDG du secteur industriel ne font pas l’impasse sur l’IA. Ils procèdent simplement à une analyse différente. Leurs principales préoccupations portent sur les facteurs susceptibles de bouleverser rapidement les marchés : l’évolution de la réglementation, les conflits géopolitiques et le risque de récession. Ces facteurs peuvent perturber les chaînes d’approvisionnement, retarder les décisions d’investissement, augmenter les coûts d’exploitation et modifier la demande des clients sans crier gare.
Selon l’enquête « CEO Survey 2026 » réalisée par Bain, seuls 5 % des PDG du secteur industriel ont classé l’IA parmi leurs trois principales menaces pour leur entreprise, tandis que 10 % ont identifié la cybersécurité comme une préoccupation majeure. Cela signifie que les dirigeants considèrent l’incertitude macroéconomique et politique comme des risques plus immédiats pour les performances de leur entreprise.
Cette distinction est importante. Les turbulences externes échappent en grande partie au contrôle d’une entreprise, tandis que l’IA est un domaine que les dirigeants peuvent activement façonner. Les PDG peuvent décider où investir, comment repenser les processus et à quel rythme développer de nouvelles capacités. Cela fait passer le débat de la prévention des risques à la mise en œuvre.
Pour les équipes de direction, cela se traduit par deux priorités parallèles. La première consiste à renforcer la résilience face aux chocs externes grâce à des chaînes d’approvisionnement plus solides, à une meilleure allocation des capitaux et à une plus grande flexibilité opérationnelle. La seconde consiste à continuer d’investir dans les technologies qui améliorent la compétitivité, même lorsque l’environnement économique est incertain. Les entreprises qui cessent de se moderniser en période de volatilité se retrouvent souvent moins compétitives lorsque les marchés se redressent.
Le défi consiste à faire preuve de rigueur. Les organisations doivent veiller à ne pas laisser l’incertitude à court terme retarder les investissements stratégiques qui génèrent des avantages à long terme. L’intelligence artificielle doit être évaluée en fonction de résultats commerciaux mesurables. Parallèlement, les équipes de direction doivent suivre en permanence l’évolution de la réglementation et les risques géopolitiques, car ces facteurs peuvent rapidement modifier la rentabilité de la production, de la logistique et des opérations internationales.
Les entreprises les plus performantes ne seront probablement pas celles qui se contentent de réagir plus rapidement à chaque événement extérieur. Ce seront celles qui mettront en place des structures capables de s’adapter tout en continuant à mettre en œuvre leurs priorités à long terme.
Les PDG du secteur industriel considèrent l’IA comme un levier permettant de réduire les coûts et d’améliorer la productivité
Les dirigeants du secteur industriel considèrent de plus en plus l’IA comme un outil commercial concret. L’objectif n’est pas d’adopter l’IA simplement parce qu’il s’agit d’une technologie nouvelle. Il s’agit plutôt de l’utiliser pour améliorer les performances financières et opérationnelles. Cela implique de réduire les coûts, d’accroître la productivité, d’accélérer la prise de décision, de renforcer la résilience et de créer une valeur commerciale mesurable.
L’enquête 2026 de Bain auprès des PDG révèle que 86 % des PDG du secteur industriel accordent la priorité à l’IA pour réduire les coûts et améliorer la productivité. Cela témoigne d’un changement de mentalité. L’IA n’est plus considérée comme une initiative technologique isolée. Elle s’inscrit désormais dans une stratégie opérationnelle plus large.
Cette opportunité est considérable, car les entreprises industrielles génèrent chaque jour d’énormes quantités de données opérationnelles. Les équipements de production, les chaînes d’approvisionnement, les systèmes de maintenance, les processus de contrôle qualité et les opérations clients génèrent tous des informations susceptibles de faciliter la prise de meilleures décisions. L’IA peut aider les organisations à identifier les inefficacités, à améliorer la planification de la production, à anticiper les pannes d’équipements avant qu’elles ne surviennent, à optimiser les stocks et à automatiser les tâches administratives répétitives. Ces améliorations permettent de réduire les frais d’exploitation tout en améliorant les niveaux de service et l’utilisation des actifs.
Cependant, la technologie à elle seule ne suffit pas à produire ces résultats. L’IA n’apporte de la valeur qu’ lorsqu’elle est intégrée aux opérations quotidiennes de l’entreprise. Les entreprises qui se contentent de déployer des outils d’IA sans repenser leurs processus de travail obtiennent souvent des résultats limités. Les organisations qui réussissent relient directement leurs initiatives en matière d’IA à leurs objectifs commerciaux, définissent des indicateurs de performance clairs et tiennent les dirigeants responsables de la mise en œuvre d’améliorations mesurables.
Cela modifie également la manière dont les dirigeants doivent évaluer les investissements dans l’IA. La question n’est plus de savoir si la technologie fonctionne. Dans de nombreux cas, c’est déjà le cas. La question la plus importante est de savoir si l’organisation est en mesure d’intégrer efficacement cette technologie. Cela nécessite l’engagement de la direction, une gouvernance solide, la formation des collaborateurs et des processus permettant aux informations générées par l’IA d’influencer les décisions opérationnelles concrètes.
Pour les équipes de direction, l’IA doit être gérée avec la même rigueur que celle appliquée à tout investissement majeur. Chaque initiative doit s’accompagner d’objectifs commerciaux clairement définis, de résultats financiers mesurables et d’une responsabilité clairement attribuée. Les organisations qui relient systématiquement leurs projets d’IA à leurs priorités stratégiques ont plus de chances de générer des avantages concurrentiels durables que celles qui se contentent de mener des expériences isolées.
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La mise à l’échelle de l’IA représente un défi dans les industries lourdes en raison de la complexité opérationnelle
Les entreprises industrielles évoluent dans des environnements où il est difficile de mettre en œuvre des changements à grande échelle. Les grands sites de production, les activités décentralisées, les infrastructures vieillissantes et les chaînes d’approvisionnement mondiales créent des niveaux de complexité qui rendent difficile la mise en œuvre de changements, même mineurs, dans les processus. L’IA ne supprime pas cette complexité. Elle doit fonctionner en tenant compte de celle-ci.
C’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreuses organisations peinent à aller au-delà de projets pilotes couronnés de succès. Une solution qui donne de bons résultats dans une usine ou une unité opérationnelle donnée peut nécessiter des adaptations importantes avant de pouvoir être déployée à l’échelle de l’ensemble de l’entreprise. Les différences en matière d’équipements, de procédures opérationnelles, de qualité des données et d’exigences métier locales limitent souvent la rapidité avec laquelle l’IA peut être étendue.
Le secteur industriel est également confronté à des systèmes et des processus qui se sont accumulés au fil des décennies. De nombreuses entreprises s’appuient encore sur une combinaison de logiciels hérités, de flux de travail manuels et de sources de données isolées. L’IA repose sur des données fiables et accessibles. Lorsque les informations sont fragmentées ou incohérentes, cette technologie ne peut pas fournir de manière constante des recommandations précises ni automatiser efficacement les décisions.
Malgré ces défis, les attentes restent élevées, car les gains potentiels sont considérables. L’IA peut améliorer la planification de la production, accroître la disponibilité des équipements, réduire le gaspillage, renforcer le contrôle qualité et optimiser les performances de la chaîne d’approvisionnement. Ces améliorations prennent davantage de valeur lorsqu’elles sont mises en œuvre de manière cohérente sur plusieurs sites, plutôt que de rester des réussites isolées.
Selon cet article, la plupart des dirigeants du secteur automobile s’attendent à ce que l’IA et les autres technologies numériques permettent de réaliser des gains d’efficacité d’environ 10 % d’ici trois ans et de 30 % d’ici cinq ans. Ces prévisions expliquent pourquoi les entreprises industrielles continuent d’investir malgré les difficultés liées à la mise en œuvre.
Pour les dirigeants, la priorité ne doit pas être de déployer l’IA partout le plus rapidement possible. La priorité consiste à créer les bases permettant aux solutions efficaces de se développer à grande échelle. Cela implique notamment d’améliorer la qualité des données, de normaliser les processus clés lorsque cela s’avère nécessaire, de moderniser les systèmes critiques et de mettre en place une gouvernance garantissant une mise en œuvre cohérente à l’échelle de l’organisation. Le développement à grande échelle de l’IA est, en fin de compte, autant un défi organisationnel qu’un défi technologique.
Les lacunes organisationnelles entravent la mise en œuvre efficace de l’IA
De nombreuses entreprises pensent que les projets d’IA échouent parce que la technologie n’est pas encore suffisamment aboutie. En réalité, le plus grand défi réside souvent dans l’organisation elle-même. L’IA met en évidence des faiblesses préexistantes, notamment la lenteur de la prise de décision, la fragmentation des processus, le manque de clarté quant aux responsabilités et le manque de cohérence dans la mise en œuvre.
Lorsque ces problèmes ne sont pas résolus, l’IA fonctionne simplement au sein d’un système inefficace. Elle peut certes automatiser certaines tâches, mais elle ne peut pas résoudre à elle seule les problèmes structurels. En conséquence, les organisations constatent souvent des améliorations progressives plutôt qu’une véritable transformation de leur activité.
C’est pourquoi l’IA doit être considérée comme s’inscrivant dans une stratégie opérationnelle plus large, plutôt que comme une initiative technologique isolée. Les entreprises qui obtiennent des résultats durables procèdent généralement à une refonte de leurs flux de travail, clarifient les compétences décisionnelles, améliorent la gouvernance des données et harmonisent leurs processus métier avant d’attendre de l’IA qu’elle ait un impact à l’échelle de l’entreprise. La technologie donne le meilleur d’elle-même lorsque l’organisation est prête à l’utiliser efficacement.
Le leadership joue un rôle central dans ce processus. Les dirigeants doivent assumer clairement la responsabilité des initiatives en matière d’IA, définir des objectifs commerciaux mesurables et veiller à une collaboration étroite entre les équipes techniques et les responsables opérationnels. Les projets d’IA qui restent confinés au sein des services informatiques peinent souvent à générer une valeur opérationnelle mesurable, car les personnes chargées de la performance quotidienne de l’entreprise ne sont pas pleinement impliquées.
La gestion du changement constitue un autre aspect important. Les collaborateurs doivent pouvoir avoir confiance dans les nouveaux systèmes, bénéficier de directives claires sur la manière dont les décisions évolueront et se voir offrir des opportunités d’acquérir de nouvelles compétences. La résistance au changement reflète souvent une incertitude face aux nouvelles méthodes de travail plutôt qu’une opposition à la technologie elle-même. Les organisations qui investissent dans la communication et le développement des compétences sont généralement mieux placées pour déployer l’IA avec succès.
Les entreprises qui tireront le meilleur parti de l’IA ne seront pas nécessairement celles qui disposent des budgets technologiques les plus importants. Ce seront celles qui amélioreront leur processus décisionnel, simplifieront la mise en œuvre et intégreront l’IA dans leurs opérations quotidiennes. Lorsque les obstacles organisationnels sont levés, l’IA gagne considérablement en efficacité, car elle vient soutenir un modèle opérationnel déjà conçu pour fonctionner efficacement.
Un déficit de compétences important compromet la réussite des programmes d’IA
De nombreuses entreprises industrielles ont déjà investi dans l’IA, mais ces investissements ne suffisent pas à eux seuls à produire les résultats commerciaux escomptés. Le principal obstacle n’est pas l’accès à la technologie, mais bien la capacité de l’organisation à mettre en œuvre, à déployer à grande échelle et à gérer efficacement l’IA à tous les niveaux de l’entreprise.
Selon l’enquête « CEO Survey 2026 » réalisée par Bain, 90 % des PDG du secteur industriel estiment que leurs programmes d’IA ne tiennent pas leurs promesses. Les raisons sont les mêmes dans de nombreuses entreprises : des lacunes en matière de compétences, des projets pilotes qui ne parviennent pas à être déployés à grande échelle et des incertitudes quant au retour sur investissement. Il s’agit là davantage de défis liés à la mise en œuvre que de limites technologiques.
L’une des conclusions les plus évidentes de cette enquête est la pénurie de compétences en IA. Parmi l’ensemble des PDG interrogés, 43 % ont identifié ces lacunes en matière de compétences comme un problème majeur. Chez les PDG du secteur industriel, ce chiffre atteint 71 %. Cela suggère que les entreprises industrielles sont confrontées à des défis de mise en œuvre plus importants que de nombreux autres secteurs, en grande partie en raison de la complexité de leurs opérations et de l’expertise spécialisée requise pour intégrer l’IA dans leurs environnements de production.
Pour combler ces lacunes en matière de compétences, il ne suffit pas de recruter des spécialistes de l’IA. Les organisations ont besoin de dirigeants qui maîtrisent à la fois les opérations commerciales et les technologies numériques. Elles ont également besoin de collaborateurs capables d’utiliser les outils d’IA, d’interpréter les informations générées par l’IA et de prendre des décisions éclairées sur la base de ces informations. Le développement de ces compétences nécessite un investissement soutenu dans la formation, le développement du leadership et la collaboration interfonctionnelle.
Les dirigeants devraient également repenser la manière dont on mesure le succès de l’IA. Trop souvent, les organisations se concentrent sur le nombre de projets pilotes lancés ou sur le montant investi dans les nouvelles technologies. Ces indicateurs ne fournissent que peu d’informations sur l’impact sur l’activité. Parmi les indicateurs plus pertinents, on peut citer les gains de productivité, la réduction des coûts d’exploitation, l’accélération de la prise de décision, une meilleure utilisation des actifs, l’amélioration des résultats pour les clients et de meilleures performances financières. Les initiatives en matière d’IA doivent être évaluées à l’aune des mêmes attentes de performance que tout autre investissement stratégique.
La gouvernance revêt une importance tout aussi grande. Les organisations performantes établissent clairement les responsabilités liées aux initiatives d’IA, définissent des objectifs mesurables avant la mise en œuvre et évaluent régulièrement les résultats commerciaux. Cela renforce la responsabilisation et aide la direction à déterminer où étendre les applications qui ont fait leurs preuves, où adapter les programmes existants et où mettre fin aux initiatives qui n’apportent pas de valeur ajoutée.
Les entreprises industrielles qui se forgeront des avantages concurrentiels durables seront celles qui iront au-delà de la simple expérimentation. L’IA doit s’intégrer dans les opérations quotidiennes, s’ancrer au cœur des processus métier et être prise en charge par des collaborateurs possédant les compétences nécessaires pour l’utiliser efficacement. Les organisations qui renforceront leurs capacités tout en restant résolument axées sur des résultats mesurables seront mieux placées pour tirer parti de la valeur à long terme de l’IA.
Principaux enseignements pour les dirigeants
- Concentrez-vous sur les risques les plus importants : les PDG du secteur industriel sont confrontés à des pressions à court terme plus fortes liées à la réglementation, à la géopolitique et à l’incertitude économique qu’à l’IA elle-même. Les dirigeants doivent renforcer leur résilience tout en continuant à investir dans les technologies qui améliorent la compétitivité à long terme.
- Considérez l’IA comme une stratégie d’entreprise : l’IA apporte le plus de valeur lorsqu’elle est liée à des résultats mesurables, tels qu’une réduction des coûts, une augmentation de la productivité et une prise de décision plus rapide. Donnez la priorité aux initiatives assorties d’objectifs financiers et opérationnels clairs, plutôt que d’adopter l’IA pour elle-même.
- Concevoir pour une mise en œuvre à l’échelle de l’entreprise : les projets pilotes d’IA ne créent de la valeur que s’ils peuvent être déployés de manière cohérente dans l’ensemble de l’organisation. Les dirigeants doivent améliorer la qualité des données, normaliser les processus critiques et moderniser les systèmes centraux afin de permettre une mise en œuvre évolutive.
- Résolvez les problèmes opérationnels avant de développer l’IA : loin de les résoudre automatiquement, l’IA met en évidence les flux de travail inefficaces, les processus fragmentés et le manque de responsabilité. L’amélioration de l’exécution au sein de l’organisation doit constituer une condition préalable à l’adoption de l’IA à grande échelle.
- Combler les lacunes en matière de compétences pour exploiter pleinement le potentiel de l’IA : Le principal obstacle à la réussite de l’IA réside dans l’état de préparation de l’organisation. Investissez dans les compétences, la gouvernance, la collaboration interfonctionnelle et les indicateurs de performance axés sur les résultats afin de faire passer l’IA du stade de projets pilotes isolés à celui de résultats commerciaux durables.
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