L’approche commerciale consistant à « remplacer l’ancien par du neuf » est de moins en moins adaptée aux comportements d’achat actuels

La plupart des fournisseurs continuent de promouvoir le modèle « rip-and-replace ». Ils le présentent comme une transformation complète : tout reconstruire, repartir de zéro et financer un projet de migration de grande envergure qui s’étendra jusqu’à l’année prochaine. Sur le papier, l’argumentaire semble ambitieux. La technologie paraît plus épurée et plus intelligente que celle que vous utilisez aujourd’hui. Mais l’hypothèse qui se cache derrière est dépassée : celle selon laquelle une entreprise moderne serait prête à se débarrasser de systèmes fonctionnels que ses équipes maîtrisent déjà, simplement pour rechercher une amélioration marginale.

Les acheteurs contredisent cette hypothèse. Ils privilégient la stabilité et la maîtrise plutôt que les paris risqués qui suspendent la mise en œuvre pendant 18 mois. Les bouleversements ont un coût élevé, et les équipes de direction sont tenues de produire des résultats mesurables bien avant la fin d’une refonte. La tendance est claire : la maîtrise des coûts est désormais au cœur de chaque décision technologique. Les dirigeants recherchent une valeur ajoutée progressive.

Selon l’enquête « 2025 MarTech Replacement Survey », cette évolution est bien réelle. Les remplacements de solutions d’automatisation du marketing ont reculé de 31,1 % à 19,4 %, et ceux des solutions CRM sont passés de 22,1 % à 9,7 %. La réduction des coûts a presque doublé en tant que motif de changement, atteignant 43,8 %. Les entreprises continuent de faire évoluer leurs systèmes, mais elles préfèrent procéder à des mises à niveau de manière réfléchie.

La meilleure stratégie pour les dirigeants consiste à remettre en question l’argumentaire de vente standard. Demandez aux fournisseurs comment leur solution s’intègre aux systèmes déjà en place. Mettez l’accent sur l’intégration et l’adaptabilité. Les projets de remplacement qui semblent très convaincants sur une diapositive négligent souvent le fait que l’expertise et le rythme de travail de votre équipe font partie intégrante de votre avantage concurrentiel. Renoncer à cela revient à un recul déguisé en innovation.

La reconstruction des infrastructures comporte des risques inutiles et engendre des coûts cachés

Toute refonte complète s’accompagne d’une baisse de performance. Les équipes perdent leur élan en réapprenant les processus de travail, les projets s’enlisent et les délais s’allongent de manière incontrôlable. Il ne s’agit pas seulement de problèmes techniques, mais aussi de risques liés au leadership. Lorsqu’une organisation mise sur une mise en œuvre de 18 mois, la réalité est que les opérations fonctionnent au ralenti pendant au moins deux à trois trimestres. Et si la date de mise en service est repoussée, c’est la crédibilité qui en pâtit.

D’un point de vue commercial, le risque est asymétrique. Le fournisseur remporte un contrat important. Quant à vous, vous assumez le risque lié à la mise en œuvre, les temps d’arrêt et le scepticisme interne qui s’ensuit lorsque les délais promis ne sont pas respectés. C’est pourquoi de nombreuses entreprises refusent aujourd’hui de changer la base de leur infrastructure, à moins qu’il n’y ait une raison financière ou stratégique impérieuse de le faire.

L’enquête « MarTech Replacement Survey » confirme cette évolution. Les entreprises ne recherchent plus les fonctionnalités pour elles-mêmes ; elles sont motivées par la maîtrise des coûts et la fiabilité opérationnelle. Les piles technologiques s’étoffent, mais principalement en périphérie, avec des outils modulaires, de meilleures intégrations et une automatisation ciblée, adaptée à leur cœur de métier existant. Cette approche permet aux dirigeants de poursuivre leur progression sans se lancer dans des refontes de grande envergure et à haut risque.

Pour les dirigeants, la décision est simple : maîtrisez votre calendrier. Une amélioration progressive vous permet de contrôler les dépenses, de limiter les risques et de préserver la performance. Un projet de remplacement complet confie ce contrôle à un prestataire externe. Dans le contexte actuel, cela revient à renoncer à votre autonomie opérationnelle.

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La vente axée sur le produit privilégie souvent les fonctionnalités techniques au détriment des résultats commerciaux concrets

De nombreux fournisseurs de technologies commencent leur argumentaire en évoquant ce qu’ils ont développé : systèmes modulaires, couches d’orchestration, modèles agentiques. Ces termes semblent sophistiqués, mais ne se traduisent pas par des résultats mesurables. Les acheteurs ne mesurent pas leur succès en termes d’architecture ; ils le mesurent en termes de croissance du chiffre d’affaires, de conversion des prospects et de mise en œuvre des campagnes. Lorsqu’un fournisseur consacre la majeure partie de la conversation à expliquer les fonctionnalités de son produit plutôt que les résultats commerciaux, son message passe à côté des besoins réels des décideurs.

Les dirigeants n’investissent pas dans des fonctionnalités, mais dans des résultats directement liés aux indicateurs de performance. Une démonstration de fonctionnalités de 40 minutes suivie d’un bref aperçu des résultats est un signal d’alerte. Les meilleures discussions commencent par une compréhension des résultats attendus par l’acheteur, puis expliquent comment le produit permet d’atteindre cet objectif. Il faut d’abord mettre l’accent sur l’impact commercial, puis aborder la technologie.

Pour les dirigeants, cela implique de revoir les critères d’évaluation. Demandez aux fournisseurs d’expliquer, en termes clairs, en quoi chaque fonctionnalité influe sur les indicateurs clés dont votre équipe est responsable : croissance du pipeline, efficacité, fidélisation ou accélération du chiffre d’affaires. Éliminez le superflu. Si un fournisseur n’est pas en mesure d’établir un lien clair entre les fonctionnalités de son produit et les performances financières, la valeur de celui-ci n’est pas démontrée.

Les dirigeants d’aujourd’hui ont également besoin de clarté. À mesure que les systèmes s’intègrent davantage, la simplicité des explications constitue un avantage concurrentiel. Un fournisseur sûr des résultats qu’il peut apporter ne se cachera pas derrière des mots à la mode ; il s’appuiera sur des chiffres et des échéances. C’est ainsi que les décideurs de haut niveau distinguent les partenaires des simples fournisseurs.

Les compromis cruciaux inhérents aux projets de migration sont souvent masqués derrière des promesses de transformation sans heurts

La promesse d’une migration sans heurts semble toujours séduisante. Les fournisseurs présentent leurs calendriers à l’aide de graphiques clairs et de courbes de progression prévisibles. Ce que ces graphiques ne montrent pas, ce sont les deux trimestres de perte de productivité pendant lesquels les équipes doivent repenser les processus et vérifier les intégrations. Ces retards cachés coûtent du temps, nuisent à la concentration et entraînent une perte de chiffre d’affaires. Toute transformation a un prix ; certains fournisseurs préfèrent simplement ne pas en parler.

Pour les dirigeants, la transparence lors des négociations est essentielle. Si un fournisseur évite de répondre directement aux questions concernant les compromis, c’est un signal d’alerte. Remettre en place des systèmes sans en comprendre les coûts à court terme constitue une erreur stratégique. Le rôle des dirigeants n’est pas d’éliminer totalement le risque, mais de le quantifier et de faire des choix judicieux.

De nombreux acteurs du marché affirment que les solutions « composables » ou « orchestrées » éliminent ces risques. Dans la pratique, cela n’est vrai que lorsque le modèle est correctement appliqué, c’est-à-dire lorsqu’il vient se superposer aux systèmes existants au lieu de les remplacer. Le problème survient lorsque les fournisseurs appliquent la même logique économique de « remplacement total » derrière l’appellation « composable ». Cela crée une fausse confiance et masque la même perturbation sous une nouvelle terminologie.

Au niveau de la direction, exigez une visibilité totale avant d’approuver toute migration technologique. Demandez aux fournisseurs de cartographier la baisse de performances, de définir les besoins en ressources et d’estimer le délai de reprise. La transparence à ce stade garantit la continuité opérationnelle et permet aux équipes de maintenir des performances prévisibles, même pendant la transformation. Il ne s’agit pas d’une résistance à l’innovation, mais d’une exécution rigoureuse.

La persistance du modèle « rip-and-replace » s’explique davantage par les intérêts économiques des fournisseurs que par les avantages pour les acheteurs

Si la stratégie de « remplacement complet » reste courante, cela tient peu aux besoins des clients et tout aux incitations commerciales. Les grands fournisseurs remportent leurs contrats les plus importants lorsqu’ils remplacent les systèmes existants. Leurs modèles économiques reposent sur des déploiements à grande échelle, à forte marge, et sur des contrats modulaires. Même lorsque certains fournisseurs adoptent des architectures « composables », ils les utilisent souvent comme des points d’entrée à court terme. Ils commencent modestement, puis s’étendent au fil des années jusqu’à ce que le système d’origine soit remplacé sous une nouvelle appellation.

Pour les dirigeants d’entreprise, cela met en évidence un décalage entre les priorités. Les fournisseurs sont récompensés pour leur capacité à bousculer les codes. Les clients, quant à eux, sont récompensés pour la continuité et la performance. Les dirigeants qui comprennent cette différence peuvent négocier en connaissance de cause. L’objectif n’est pas de s’opposer à l’innovation, mais de s’assurer qu’elle apporte une valeur tangible et mesurable, en complément de ce qui fonctionne déjà.

Les marchés évoluent. Les acheteurs sont moins sensibles aux promesses de transformation et s’intéressent davantage à la productivité durable. L’enquête « MarTech Replacement Survey 2025 » montre que les taux de remplacement diminuent tandis que les investissements supplémentaires augmentent, ce qui met l’accent sur une croissance plus intelligente plutôt que sur une refonte en profondeur. La hausse des coûts de mise en œuvre et la pression exercée sur les effectifs découragent les changements de système superflus. Les fournisseurs qui ne s’adaptent pas à cette réalité risquent de perdre leur pertinence.

Pour les décideurs de haut niveau, le message est clair : mener la transformation par l’intégration. Incitez les fournisseurs à démontrer comment leurs solutions renforcent les systèmes existants sans imposer une refonte complète. La véritable innovation est additive : elle accroît la valeur sans anéantir les investissements antérieurs. Les dirigeants qui comprennent cette dynamique gardent le contrôle tant sur le rythme de la transformation que sur son impact financier.

Les professionnels du marketing devraient passer de cycles d’achat ponctuels à une gestion continue et adaptative des systèmes

Le modèle traditionnel d’achat de logiciels part du principe que les décisions technologiques s’inscrivent dans des cycles : achat, déploiement, remplacement. Ce cycle n’est plus adapté au rythme des entreprises d’aujourd’hui. Les entreprises ont besoin de systèmes capables d’évoluer en permanence. Considérer la technologie comme un environnement adaptatif permet d’assurer la stabilité des opérations tout en favorisant l’innovation continue.

La plupart des piles marketing disposent déjà de fonctionnalités inexploitées. Les équipes négligent souvent les fonctionnalités intégrées aux contrats existants, car celles-ci n’ont jamais été entièrement configurées ni adaptées aux nouveaux flux de travail. Avant d’investir dans de nouvelles technologies, les dirigeants devraient demander à leurs équipes de procéder à un audit des systèmes actuels. De nombreux écarts de performance peuvent être comblés en optimisant les solutions pour lesquelles une licence a déjà été acquise. Cette approche permet d’économiser à la fois du temps et de l’argent, tout en apportant une amélioration rapide.

Les données d’enquête corroborent cette approche. Selon l’enquête « 2025 MarTech Replacement Survey », bien que les entreprises continuent d’élargir leur écosystème technologique, elles ajoutent principalement des outils en périphérie de leurs plateformes principales. Ces investissements progressifs leur permettent de gagner en flexibilité sans subir l’instabilité liée aux migrations à grande échelle. Les organisations qui suivent cette voie maintiennent un niveau de production constant tout en menant une modernisation stratégique.

Pour les dirigeants, le passage à une gestion continue exige de la discipline. Il implique une supervision, une évaluation régulière et une responsabilisation à tous les niveaux des services. L’avantage réside dans le contrôle des budgets, des équipes et des performances. La croissance devient alors constante et prévisible. Les dirigeants qui adoptent ce modèle mettent en place des bases technologiques plus solides, capables d’évoluer naturellement au rythme des objectifs de l’entreprise.

Le marché a évolué, ce qui oblige les fournisseurs à adapter leurs modèles de vente afin de répondre aux priorités des acheteurs

Les marchés évoluent plus rapidement que la plupart des stratégies commerciales. Les acheteurs ne se laissent plus impressionner par des plans de migration complexes ou des promesses de transformation exagérées. Ils recherchent une valeur ajoutée avérée, un retour sur investissement plus rapide et une perturbation opérationnelle minimale. Pour de nombreuses organisations, l’objectif n’est pas de remplacer les systèmes, mais de rendre les plateformes existantes plus connectées, plus efficaces et plus mesurables. L’argumentaire « tout remplacer » ne correspond plus à ces priorités.

Les coûts de changement ont fortement augmenté ces dernières années. Chaque modification du système a désormais un impact sur la productivité, met les équipes à rude épreuve et accroît les risques liés à l’intégration. Les acheteurs en sont conscients et adaptent leur approche, privilégiant les améliorations modulaires plutôt que les refontes complètes. De leur côté, les fournisseurs qui dépendent encore de contrats de grande envergure peinent à s’adapter à cette nouvelle réalité. Ils continuent de vendre en fonction de leur propre modèle financier, et non en fonction des résultats attendus par les clients.

Les dirigeants ont besoin de prestataires qui comprennent le comportement des acheteurs d’aujourd’hui. Un prestataire pertinent se concentre sur les moyens d’étendre les capacités, d’améliorer l’automatisation et d’obtenir des résultats clairs, liés aux indicateurs clés de performance de l’entreprise. Les meilleurs s’intègrent à ce qui fonctionne déjà, plutôt que d’imposer des changements radicaux. Les prestataires incapables de s’adapter à cette approche perdront du terrain, quelle que soit l’apparente sophistication de leur technologie.

Ces données confirment cette évolution. L’enquête « MarTech Replacement Survey 2025 » montre que les taux de remplacement des plateformes principales ont fortement baissé, tandis que les investissements se poursuivent en périphérie, par le biais d’une intégration et d’améliorations ciblées. Cela témoigne d’un changement manifeste dans le comportement du marché : les entreprises privilégient la flexibilité et l’efficacité ciblée plutôt qu’un bouleversement structurel.

Pour les dirigeants de haut niveau, c’est le moment de veiller à ce que les fournisseurs s’alignent sur votre stratégie. Le marché récompense la précision. Les fournisseurs qui en ont véritablement pris conscience commenceront la discussion en mettant l’accent sur les résultats, relégueront la technologie au second plan et s’adapteront à vos modes de fonctionnement actuels. Ceux qui continuent de prôner un changement radical ne sont plus en phase avec la manière dont les organisations intelligentes se développent.

Récapitulation

L’ère du « tout remplacer » touche à sa fin, car elle ne correspond plus au mode de fonctionnement des entreprises avisées. Aujourd’hui, les dirigeants recherchent la précision. Ils souhaitent disposer d’une technologie qui s’adapte à leur environnement, renforce les systèmes existants et stimule la performance sans nécessiter de réinitialisations inutiles.

Pour les décideurs, cela implique un changement de mentalité. La stratégie technologique ne consiste plus à procéder à des refontes radicales tous les deux ou trois ans. Il s’agit désormais d’une évolution continue : comprendre ce qui fonctionne déjà, l’améliorer et l’associer aux résultats qui comptent. La valeur réside dans l’intégration, la clarté et une progression maîtrisée.

Les dirigeants qui gèrent leurs systèmes comme des réseaux vivants, mesurés, stables et adaptatifs, conserveront une longueur d’avance. Ils maîtrisent les coûts, maintiennent le rythme opérationnel et veillent à ce que leurs organisations restent réactives face au changement. Les entreprises qui prospéreront au cours de la prochaine décennie seront celles qui maîtriseront cette discipline : s’appuyer sur ce qui fonctionne tout en allant toujours de l’avant.

Alexander Procter

juillet 9, 2026

14 Min

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