Les patients ont de plus en plus souvent recours à l’intelligence artificielle pour obtenir des conseils médicaux, ce qui permet de pallier les lacunes en matière d’accès aux soins

L’IA modifie déjà la manière dont les personnes accèdent au système de santé. La question n’est plus de savoir si les patients auront recours à l’IA. C’est déjà le cas. La véritable question est de savoir si les établissements de santé concevront des systèmes qui orienteront les patients vers de meilleurs soins ou s’ils les laisseront se débrouiller seuls face à des décisions médicales complexes.

Les dernières conclusions d’eHealth montrent que l’IA est désormais une source courante d’informations sur la santé. Parmi les 1 000 adultes américains assurés interrogés, 49 % ont déclaré avoir utilisé des chatbots basés sur l’IA pour obtenir des conseils médicaux, tandis que 34 % s’en sont servis pour mieux comprendre leur assurance maladie. Ces chiffres sont significatifs, car ils montrent que l’IA apporte des solutions à des problèmes concrets qui existent depuis des années. Les patients ont souvent du mal à comprendre les contrats d’assurance, à déterminer si leurs symptômes nécessitent une consultation médicale ou à savoir où se faire soigner. L’IA offre des réponses immédiates, et cette rapidité a une réelle valeur.

L’adoption de l’IA ne doit pas être interprétée comme un rejet des médecins. Elle constitue avant tout une réponse à des systèmes de santé qui restent difficiles d’accès. Les coûts élevés, les longs délais d’attente pour obtenir un rendez-vous, la pénurie de professionnels de santé et la complexité administrative renforcent tous l’attrait des outils numériques disponibles 24 heures sur 24. Lorsque les patients ne parviennent pas à joindre facilement un professionnel de santé, ils se tournent naturellement vers la source d’information la plus rapide à leur disposition.

Pour les dirigeants du secteur de la santé, cette évolution constitue une opportunité plutôt qu’une simple menace concurrentielle. L’IA peut alléger la pression qui pèse sur des systèmes de soins surchargés en répondant à des questions courantes, en aidant les patients à se préparer à leurs rendez-vous, en expliquant les prestations d’assurance et en orientant les personnes vers le niveau de soins approprié. Si elle est mise en œuvre correctement, l’IA peut améliorer l’implication des patients tout en permettant aux cliniciens de se concentrer sur des tâches cliniques à plus forte valeur ajoutée.

Les organisations qui en tireront le plus grand bénéfice ne sont pas susceptibles de présenter l’IA comme un substitut aux médecins. Elles intégreront plutôt l’IA dans les parcours de soins existants. Les interactions numériques devraient permettre aux patients de prendre plus facilement rendez-vous, de partager leurs antécédents médicaux et de bénéficier d’un suivi en temps opportun, et non de créer des expériences distinctes qui les éloignent de leurs professionnels de santé.

D’un point de vue stratégique plus large, il faut tenir compte du fait que les attentes des patients ont changé de manière définitive. Les consommateurs s’attendent de plus en plus à ce que les interactions dans le domaine de la santé soient aussi immédiates que les services proposés dans d’autres secteurs. Les organismes qui ne parviennent pas à offrir un accès numérique pratique risquent de voir leurs patients se tourner davantage vers des plateformes d’IA externes, ce qui réduirait leurs chances de nouer des relations à long terme avec leurs patients et d’assurer la continuité des soins.

Un nombre important de patients suivent les conseils générés par l’IA sans consulter de professionnels de santé

L’adoption en soi n’est pas le principal problème. C’est le comportement qui l’est.

Le rapport sur la santé en ligne a révélé qu’environ deux tiers des personnes ayant eu recours à l’IA pour obtenir des conseils médicaux ont suivi ces conseils sans les vérifier auprès d’un médecin. Parallèlement, 82 % ont déclaré faire confiance aux conseils médicaux générés par l’IA, et 29 % ont indiqué leur faire entièrement confiance. Ces chiffres suggèrent que de nombreux patients considèrent de plus en plus l’IA comme une source faisant autorité, même si les systèmes d’IA actuels sont conçus pour appuyer le jugement clinique.

Cela crée une catégorie de risque différente de celle que la plupart des établissements de santé ont l’habitude de gérer. Le défi ne se limite plus aux fausses informations trouvées lors de recherches sur Internet. L’IA génère des réponses personnalisées et conversationnelles que les utilisateurs perçoivent souvent comme plus fiables et plus adaptées à leur situation particulière. Cela augmente le risque que ces recommandations influencent réellement les décisions en matière de santé.

Pour les dirigeants, cela signifie que la gouvernance revêt désormais autant d’importance que la technologie sous-jacente. Les systèmes d’IA doivent être soumis à des limites claires quant à ce qu’ils doivent et ne doivent pas recommander. Des procédures d’escalade doivent être intégrées aux applications destinées aux patients, de sorte que des symptômes préoccupants déclenchent automatiquement des recommandations invitant à consulter un professionnel de santé. La transparence est également essentielle. Les patients doivent comprendre quand ils interagissent avec l’IA, quelles informations le système utilise et quelles sont ses limites.

Cela a également des implications sur le plan commercial. La confiance accordée à l’IA peut constituer soit un avantage stratégique, soit un handicap. Les organisations qui mettent en place une supervision clinique rigoureuse, un suivi continu et des normes de sécurité strictes gagneront probablement, au fil du temps, une plus grande confiance de la part des patients. Celles qui déploient l’IA principalement dans le but de réduire les coûts sans mettre en place les garanties cliniques appropriées risquent de nuire à la fois aux résultats pour les patients et à la réputation de l’organisation.

Il est également important de reconnaître que les patients qui s’appuient exclusivement sur l’IA sont souvent confrontés à des obstacles ailleurs dans le système de santé. Si les rendez-vous sont difficiles à obtenir ou si les soins sont trop coûteux, l’IA devient alors l’option par défaut. Améliorer l’accès aux professionnels de santé et intégrer l’IA dans les parcours de soins existants peut réduire le risque que les patients prennent des décisions médicales importantes sans l’avis d’un professionnel.

L’objectif à long terme n’est pas de décourager l’utilisation de l’IA. Il s’agit de veiller à ce que l’IA devienne un point d’entrée fiable dans le domaine de la santé, plutôt que la destination finale de la prise de décision médicale.

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Les difficultés d’accès aux soins poussent les patients à se tourner vers l’IA et les outils numériques, plutôt que de les éloigner des soins dispensés par les professionnels de santé

Les données suggèrent que l’adoption de l’IA vise moins à remplacer les médecins qu’à pallier l’accès limité aux soins de santé. Lorsque les patients ne peuvent pas bénéficier de soins en temps opportun, ils se tournent vers la première option disponible. L’IA et les moteurs de recherche en ligne font désormais partie de cette solution.

Le rapport d’EY met en évidence cette tendance. Il révèle que 31 % des patients se tournent vers l’IA et 41 % vers les moteurs de recherche en ligne lorsqu’ils ne parviennent pas à accéder aux soins de santé. Ces chiffres soulignent un problème plus large qui dépasse le simple cadre technologique. Ils reflètent des obstacles persistants au sein du système de santé, notamment la disponibilité des rendez-vous, l’accessibilité financière, les difficultés de transport et la complexité administrative.

Les conséquences sont visibles dans le domaine des soins préventifs. Ce même rapport indique que 56 % des personnes ont manqué au moins une fois un bilan de santé annuel au cours des cinq dernières années, tandis que 44 % ont manqué un dépistage préventif. Les soins préventifs constituent l’un des moyens les plus efficaces d’améliorer les résultats de santé à long terme et de réduire les coûts de santé. Lorsque les patients ne recourent pas à ces services, les professionnels de santé sont souvent confrontés à des pathologies à un stade plus avancé, qui nécessitent des traitements plus complexes et plus coûteux.

Pour les dirigeants, cela devrait orienter le débat dans une nouvelle direction. L’IA ne doit pas être considérée uniquement comme un outil de productivité. C’est également un moyen d’améliorer l’accès aux soins et de renforcer l’implication des patients. Les établissements qui utilisent l’IA pour simplifier la prise de rendez-vous, orienter les patients vers le niveau de soins approprié, leur expliquer les avantages et maintenir la communication entre les consultations peuvent réduire certains des obstacles qui dissuadent les patients de se faire soigner.

Il existe également une opportunité stratégique permettant d’offrir aux patients des expériences plus cohérentes. Au lieu de laisser les patients passer d’un outil numérique à un autre sans lien entre eux, les établissements de santé peuvent intégrer l’IA directement dans leurs propres plateformes. Cela permet aux patients de rester en contact avec des prestataires de confiance tout en leur offrant le confort auquel ils s’attendent de plus en plus.

Les responsables du secteur de la santé doivent également prendre conscience que le comportement des patients évolue de manière durable. Les usagers s’attendent désormais à bénéficier d’un accès immédiat à l’information et à un accompagnement numérique. Les établissements qui associent des services numériques accessibles à des soins cliniques de haute qualité seront mieux placés pour améliorer la satisfaction des patients, renforcer leur fidélité et rester compétitifs dans un environnement de santé de plus en plus numérique.

Les patients souhaitent toujours que les professionnels de santé prennent les décisions médicales, l’IA servant d’outil complémentaire

Malgré l’adoption rapide de l’IA, les patients continuent d’accorder davantage de confiance aux professionnels de santé en matière de diagnostic, de traitement et de prise de décision clinique. Il s’agit là d’une distinction importante. Les patients apprécient l’IA pour son côté pratique et les informations qu’elle fournit, mais ils attendent toujours des médecins qu’ils assument la responsabilité de leurs soins.

Le rapport d’EY vient étayer ce constat. Si de nombreux patients ont recours à l’IA pour recueillir des informations, 89 % d’entre eux considèrent les médecins comme des sources fiables, contre 68 % pour les outils d’IA et 61 % pour les moteurs de recherche. La confiance reste l’un des principaux avantages concurrentiels dont disposent les prestataires de soins de santé, et elle ne doit pas être considérée comme acquise.

L’IA s’avère particulièrement utile lorsqu’elle favorise l’implication des patients plutôt que de se substituer à l’expertise clinique. Selon le rapport d’EY, 56 % des personnes interrogées ont déclaré avoir sollicité ou envisager de solliciter un service médical sur la base d’informations fournies par l’IA. Cela suggère que l’IA peut encourager les patients à rechercher des soins adaptés plutôt que de les éviter. Lorsqu’elle est intégrée efficacement, l’IA devient un pont qui relie les patients aux prestataires de soins plutôt que de les séparer.

Les patients ont également des préférences claires quant aux domaines dans lesquels l’IA devrait être utilisée. Seuls 49 % d’entre eux se sont dits à l’aise à l’idée que l’IA intervienne dans une décision thérapeutique, tandis que 65 % préféraient que l’IA soit utilisée pour des tâches administratives telles que la prise de rendez-vous. Cela montre que les patients font la distinction entre l’efficacité opérationnelle et le jugement clinique. Ils sont généralement disposés à laisser l’IA se charger des processus de routine, mais restent prudents quant à son influence sur les décisions médicales.

Pour les dirigeants d’entreprise, cela définit une priorité d’investissement claire. Les initiatives en matière d’IA doivent en priorité cibler les domaines dans lesquels les patients perçoivent déjà une valeur ajoutée et où les établissements peuvent générer des gains d’efficacité mesurables. L’automatisation des tâches administratives, la communication avec les patients, l’accompagnement des patients dans leur parcours de soins et la documentation peuvent améliorer à la fois l’expérience patient et les performances opérationnelles, tout en préservant le contrôle exercé par les cliniciens sur le diagnostic et le traitement.

Au fil du temps, la confiance dans l’IA clinique pourrait s’accroître à mesure que la technologie s’améliore et que les cadres réglementaires gagnent en maturité. Toutefois, les organisations doivent éviter de partir du principe que les capacités techniques suffiront à elles seules à favoriser son adoption. La transparence, une gouvernance rigoureuse, la validation clinique et l’implication des médecins resteront essentielles si l’on souhaite que l’IA joue un rôle plus important dans la prise en charge des patients.

Il est essentiel d’améliorer l’accès aux soins de santé si l’on veut que l’IA renforce, plutôt que de remplacer, les soins dispensés par les professionnels de santé

Le débat sur l’IA dans le secteur de la santé porte souvent sur ce que cette technologie est capable de faire. La question la plus importante est de savoir quel type de système de santé elle soutient. L’IA ne peut pas résoudre à elle seule les problèmes structurels. Si les patients continuent à être confrontés à des coûts élevés, à une disponibilité limitée des prestataires et à une complexité administrative, ils s’appuieront de plus en plus sur l’IA comme substitut aux soins, au lieu de l’utiliser comme un outil leur permettant d’accéder à des services professionnels.

Les conclusions des rapports d’eHealth et d’EY vont dans le même sens. L’IA comble les lacunes qui existent déjà dans le système de santé, mais les patients continuent de préférer que ce soient des professionnels de santé qui dirigent leurs soins chaque fois que cette option est disponible. Cette distinction est importante pour les dirigeants chargés d’élaborer des stratégies à long terme en matière d’IA. L’objectif ne doit pas être de maximiser les interactions avec l’IA. Il doit plutôt s’agir d’améliorer les résultats pour les patients en combinant les capacités numériques et l’expertise clinique.

Cela nécessite d’intégrer l’IA tout au long du parcours de soins du patient. Les assistants numériques peuvent aider les patients à identifier leurs symptômes, à comprendre leur couverture d’assurance, à prendre rendez-vous, à effectuer des démarches administratives, à recevoir des rappels de suivi et à s’orienter parmi les différentes options de soins. À chaque étape, l’IA doit réduire les obstacles tout en facilitant la prise de contact des patients avec les professionnels de santé lorsqu’une expertise médicale est nécessaire.

Les établissements de santé devraient également évaluer le succès de l’IA différemment de ce qui se fait dans de nombreux autres secteurs. Des temps de réponse plus courts et des coûts d’exploitation réduits sont certes précieux, mais ils ne suffisent pas à eux seuls. Les dirigeants doivent évaluer si l’IA favorise la participation aux soins préventifs, améliore le taux de présence aux rendez-vous, réduit le délai entre l’apparition des symptômes et l’évaluation clinique, renforce la satisfaction des patients et consolide la continuité des soins. Ces résultats permettent de déterminer plus clairement si l’IA crée de la valeur à long terme tant pour les patients que pour les prestataires.

Le cadre réglementaire prendra également de plus en plus d’importance. À mesure que l’IA au service des patients se généralisera, les établissements de santé devront répondre à des attentes accrues en matière de transparence, de validation clinique, de protection de la vie privée, de sécurité et de responsabilité. Les dirigeants qui mettront en place dès le départ une gouvernance solide seront mieux à même de déployer l’IA de manière responsable, tout en préservant la confiance des patients et en se conformant à des exigences réglementaires en constante évolution.

Cela a également des implications plus larges en matière de compétitivité. Les établissements de santé qui parviennent à intégrer l’IA dans des soins dirigés par les praticiens peuvent gagner en efficacité sans nuire à la relation avec le patient. Ils peuvent ainsi réduire la charge administrative, améliorer l’accès aux soins et permettre aux cliniciens de consacrer davantage de temps aux cas complexes qui nécessitent un jugement humain. Cette combinaison donne naissance à un modèle de soins plus performant que celui que l’IA ou les soins de santé traditionnels pourraient offrir chacun de leur côté.

L’enjeu à long terme n’est pas de remplacer les médecins par la technologie. Il s’agit plutôt de mettre en place des systèmes de santé dans lesquels l’IA élargit l’accès aux soins, améliore l’efficacité et favorise une meilleure prise de décision, tout en préservant la confiance, la responsabilité et l’expertise que les patients continuent d’attendre de leurs prestataires de soins.

Faits marquants

  • L’IA est en passe de devenir le premier point de prise en charge : les patients ont de plus en plus souvent recours à l’IA pour obtenir des conseils médicaux, car elle offre un accès rapide et pratique lorsque les soins de santé traditionnels ne suffisent pas. Les dirigeants devraient intégrer l’IA dans le parcours du patient afin d’améliorer l’accès aux soins, tout en veillant à ce que les professionnels de santé restent au cœur de la prise en charge.
  • La confiance dans l’IA nécessite une gouvernance rigoureuse : de nombreux patients suivent déjà les conseils générés par l’IA sans consulter de médecin, ce qui engendre des risques cliniques et des risques pour la réputation. Les organisations doivent mettre en place des garde-fous clairs, des procédures d’escalade et une supervision clinique afin de garantir que l’IA contribue à une prise de décision sûre.
  • Les difficultés d’accès favorisent l’adoption du numérique : l’utilisation de l’IA reflète davantage les lacunes en matière d’accessibilité et d’abordabilité des soins de santé qu’une volonté de se substituer aux prestataires. Les dirigeants devraient recourir à l’IA pour réduire les obstacles administratifs, améliorer l’orientation vers les soins et orienter les patients vers les services cliniques adaptés.
  • Les patients souhaitent toujours que ce soient les médecins qui dirigent la prise en charge : l’IA apporte le plus de valeur lorsqu’elle favorise l’implication des patients, leur information et l’efficacité opérationnelle, plutôt que lorsqu’elle prend des décisions thérapeutiques. Les investissements devraient privilégier les cas d’utilisation à forte valeur ajoutée dans les domaines administratifs et de l’accompagnement des patients, qui renforcent la confiance et améliorent l’expérience globale de soins.
  • C’est l’amélioration de l’accès qui détermine la valeur à long terme de l’IA : celle-ci a un impact maximal lorsqu’elle vient compléter les soins dispensés par les professionnels de santé, plutôt que de s’y substituer. Les dirigeants doivent évaluer le succès de cette approche à l’aune des progrès réalisés en matière d’accès des patients, de soins préventifs, de continuité des soins et de résultats cliniques.

Alexander Procter

juillet 29, 2026

17 Min

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