L’informatique quantique est sur le point de connaître une percée commerciale et nécessite une attention immédiate de la part des dirigeants

Pendant de nombreuses années, l’informatique quantique a été considérée comme un sujet de recherche intéressant. La plupart des équipes de direction estimaient disposer de beaucoup de temps avant que cette technologie ne prenne une importance commerciale. Cette hypothèse est de plus en plus difficile à défendre.

La technologie évolue vers des systèmes quantiques tolérants aux pannes, dans lesquels le calcul devient suffisamment fiable pour une utilisation professionnelle concrète. La feuille de route publique d’IBM vise environ 200 qubits logiques d’ici 2029, et de nombreux experts s’attendent à ce que des systèmes de cet ordre de grandeur voient le jour entre 2028 et 2029. Atteindre ce stade est important, car les ordinateurs quantiques devraient alors commencer à résoudre certains problèmes d’optimisation et de simulation plus efficacement que les meilleurs ordinateurs classiques au monde.

Pour les PDG, la question importante n’est plus de savoir si l’informatique quantique aura une incidence. La véritable question est de savoir si l’entreprise sera prête le moment venu.

La technologie ne constitue que rarement, à elle seule, un avantage concurrentiel. Ce sont les organisations qui en sont à l’origine. Développer une expertise interne, identifier les enjeux stratégiques pertinents, mettre en place une gouvernance, intégrer de nouvelles ressources informatiques et former les talents adéquats : toutes ces étapes prennent du temps. La mise en place de ces capacités nécessite généralement trois à quatre ans. Les entreprises qui attendent que le matériel soit pleinement au point risquent fort de se lancer dans cette démarche alors que leurs concurrents auront déjà acquis de l’expérience.

Cela modifie la manière dont les dirigeants doivent envisager les investissements. Il n’est pas nécessaire, à l’heure actuelle, de consacrer des dépenses d’investissement massives au matériel quantique. Il existe toutefois de solides arguments en faveur d’un investissement dans la préparation de l’organisation. Cela implique notamment de développer la compréhension des dirigeants, de suivre les progrès technologiques, d’établir des partenariats avec des fournisseurs de technologies et des instituts de recherche, et d’identifier les domaines d’activité dans lesquels la technologie quantique pourrait, à terme, créer une valeur mesurable.

Un autre point important est que le calendrier du changement organisationnel est bien plus long que celui des progrès technologiques. La technologie peut évoluer rapidement en l’espace de quelques années. En revanche, modifier le mode de fonctionnement d’une entreprise prend généralement beaucoup plus de temps. Ce décalage engendre des risques. Les entreprises partent souvent du principe qu’elles peuvent commencer à se préparer une fois que la technologie a fait ses preuves. En réalité, à ce moment-là, l’écart concurrentiel risque déjà de s’être creusé.

Pour les équipes de direction, cela implique de considérer l’informatique quantique comme une capacité stratégique en cours de développement plutôt que comme un futur projet d’innovation. L’objectif n’est pas de prédire l’année exacte à laquelle cette technologie deviendra économiquement intéressante. L’objectif est de veiller à ce que l’entreprise soit en mesure d’agir rapidement lorsque ce moment arrivera.

La principale valeur commerciale de l’informatique quantique réside dans la résolution de problèmes d’optimisation et de simulation

La plus grande opportunité offerte par l’informatique quantique ne réside pas dans le traitement d’un plus grand volume de données. Les entreprises disposent déjà de systèmes puissants à cet effet. La véritable opportunité consiste à résoudre des problèmes qui deviennent extrêmement complexes lorsque le nombre de résultats possibles dépasse ce que les ordinateurs classiques sont capables d’évaluer efficacement.

L’informatique quantique est conçue pour relever ce type de défi. Elle permet d’explorer simultanément de nombreuses combinaisons possibles d’une manière que les systèmes classiques ne peuvent pas facilement reproduire pour certaines catégories de problèmes. Cela la rend particulièrement utile pour l’optimisation, la simulation et la modélisation mathématique complexe.

Pour les dirigeants, les implications pour l’entreprise sont d’ordre pratique plutôt que théorique. Les entreprises se font concurrence en prenant de meilleures décisions, en améliorant leur efficacité, en réduisant leurs coûts et en accélérant l’innovation. L’informatique quantique a le potentiel d’améliorer ces quatre aspects, mais uniquement pour les problèmes pour lesquels les méthodes de calcul actuelles ont atteint leurs limites pratiques.

Le secteur de la santé et celui des sciences de la vie devraient figurer parmi les premiers à en bénéficier. Les laboratoires pharmaceutiques pourraient simuler les interactions moléculaires avec une bien plus grande précision, ce qui aiderait les chercheurs à identifier plus rapidement des candidats-médicaments prometteurs et à réduire les coûts de développement. L’accélération des découvertes scientifiques offre également la possibilité de commercialiser plus rapidement les traitements.

Les institutions financières sont confrontées à des problèmes d’optimisation tout aussi complexes. Les banques et les compagnies d’assurance doivent en permanence rééquilibrer leurs portefeuilles, évaluer les risques, fixer le prix de leurs produits et allouer leurs capitaux dans un contexte de marché en constante évolution. L’informatique quantique pourrait améliorer ces calculs, permettant ainsi aux organisations d’évaluer davantage de scénarios et de prendre des décisions avec plus d’assurance.

La logistique mondiale représente une autre opportunité majeure. Les grandes chaînes d’approvisionnement comportent d’innombrables variables, notamment les itinéraires de transport, les niveaux de stocks, les conditions météorologiques, les coûts de carburant, la demande des clients et les calendriers de production. Même de modestes améliorations en matière d’optimisation peuvent générer des économies opérationnelles substantielles. L’informatique quantique pourrait permettre aux organisations de résoudre des problèmes de planification dont l’évaluation complète est actuellement trop coûteuse en termes de ressources informatiques.

Des secteurs tels que l’aérospatiale, l’énergie, la chimie, l’industrie manufacturière et les services publics s’appuient également fortement sur la simulation avancée. Les ingénieurs modélisent régulièrement des matériaux, des batteries, des systèmes de production, les performances des aéronefs, les réseaux électriques et les procédés industriels. Des simulations plus précises permettent de réduire les essais physiques coûteux, de raccourcir les cycles de développement et d’améliorer les performances opérationnelles.

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’informatique quantique ne devrait pas améliorer tous les processus métier. De nombreux modèles d’IA, plateformes cloud et systèmes de calcul haute performance existants affichent déjà d’excellentes performances. L’informatique quantique apporte une valeur ajoutée dans un domaine plus restreint, celui des problèmes de calcul exceptionnellement complexes, pour lesquels les approches existantes s’avèrent inefficaces ou peu pratiques.

Les dirigeants devraient donc commencer par identifier les problèmes qui restent sans solution malgré des investissements considérables dans l’IA et l’analyse traditionnelle. Ces problèmes constituent les meilleurs candidats pour de futures applications quantiques.

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L’informatique quantique devrait venir compléter l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique et le calcul haute performance

On a tendance à considérer chaque avancée majeure dans le domaine de l’informatique comme un remplacement de la génération précédente de technologies. Ce n’est pas la bonne façon d’envisager l’informatique quantique.

L’informatique quantique est conçue pour résoudre une catégorie spécifique de problèmes de calcul. L’IA excelle dans la reconnaissance de modèles, la génération de prévisions, l’automatisation des décisions et le traitement de grandes quantités de données. Le calcul haute performance (HPC) offre une puissance de calcul considérable pour les charges de travail scientifiques et les applications d’ingénierie. L’informatique quantique étend ces capacités en s’attaquant à des problèmes d’optimisation et de simulation qui restent difficiles à résoudre, même pour les systèmes classiques les plus avancés.

Les organisations qui créent le plus de valeur ne choisiront pas entre ces technologies. Elles les combineront. Chaque technologie présente des atouts, et les dirigeants devraient les considérer comme des éléments complémentaires s’inscrivant dans une stratégie analytique plus large.

Cela modifie également la manière dont les entreprises doivent évaluer les cas d’utilisation potentiels de la technologie quantique. Chaque projet quantique proposé doit d’abord être comparé aux meilleurs modèles d’IA et aux meilleures solutions de calcul haute performance (HPC) disponibles. Si une solution existante offre déjà des performances acceptables, l’introduction de la technologie quantique pourrait présenter peu d’intérêt commercial. L’objectif n’est pas d’utiliser la technologie quantique dès que cela est possible. L’objectif est de ne l’utiliser que lorsqu’elle apporte une amélioration mesurable en termes de vitesse, de précision, d’efficacité de calcul ou de résultats commerciaux.

Avant que le matériel quantique à grande échelle ne soit largement accessible, les organisations peuvent utiliser des ordinateurs classiques pour simuler des flux de travail quantiques, développer des algorithmes et identifier les domaines dans lesquels la technologie quantique est susceptible de créer de la valeur. Cela permet aux entreprises d’acquérir des connaissances, d’affiner leurs méthodes et de préparer leurs équipes sans attendre la mise à disposition du matériel quantique.

À plus long terme, les architectures technologiques d’entreprise continueront d’évoluer. À mesure que le matériel quantique gagnera en maturité, les entreprises devraient intégrer des unités de traitement quantique (QPU) aux côtés des plateformes d’IA, des infrastructures de données, des services de cloud computing et des environnements HPC existants. Dans certaines charges de travail spécialisées, le quantique pourrait à terme remplacer certaines parties du calcul actuel basé sur les GPU, mais uniquement lorsqu’il offre un avantage computationnel évident.

Pour les dirigeants, l’enseignement stratégique à en tirer est clair. L’informatique quantique doit devenir une nouvelle capacité à la disposition de l’entreprise. Les organisations qui intègrent l’IA, le calcul haute performance (HPC) et l’informatique quantique au sein d’une plateforme décisionnelle coordonnée seront mieux à même de relever des défis commerciaux de plus en plus complexes à mesure que cette technologie gagnera en maturité.

La préparation organisationnelle constituera un avantage concurrentiel plus important que l’accès précoce au matériel quantique

Le plus grand défi de l’informatique quantique ne réside probablement pas dans l’acquisition de cette technologie. Il s’agira plutôt de mettre en place une organisation capable de l’utiliser efficacement.

La technologie peut être acquise. Les capacités organisationnelles, quant à elles, doivent être développées au fil du temps. Cela inclut la compréhension du leadership, l’expertise technique, la gouvernance, les processus métier, l’infrastructure et la collaboration entre les différentes fonctions. Ces capacités ne peuvent pas être mises en place rapidement une fois que la technologie a atteint sa maturité commerciale.

La mise en place de capacités quantiques au sein d’une entreprise nécessite trois à quatre ans. Ce délai comprend le développement des compétences, l’identification de problèmes métier pertinents, la création de modèles opérationnels, l’intégration de la technologie quantique aux plateformes technologiques existantes et la mise en place de partenariats avec des prestataires externes. Les cas d’utilisation individuels exigent également un effort considérable, les cycles de développement s’étendant généralement sur six à neuf mois, depuis la définition du problème jusqu’au développement de l’algorithme, en passant par la préparation des données, les tests et l’évaluation métier.

Cela représente un défi de taille pour les équipes de direction. Le rythme des progrès technologiques s’accélère, tandis que la transformation organisationnelle continue d’avancer à un rythme bien plus lent. Les entreprises sont donc confrontées à deux calendriers distincts qu’elles doivent gérer simultanément. Attendre d’avoir des certitudes concernant le matériel avant d’investir dans la préparation organisationnelle peut sembler prudent sur le plan financier, mais cela augmente le risque de se retrouver à la traîne par rapport aux concurrents qui ont déjà développé les capacités nécessaires.

Les compétences constituent l’un des principaux freins. Les organisations auront besoin d’un groupe relativement restreint de spécialistes du quantique dotés d’une expertise technique approfondie. Mais surtout, elles auront également besoin d’un groupe beaucoup plus large de responsables issus des domaines de l’informatique, des données, des opérations, de l’ingénierie, de la finance et des fonctions métier, capables de comprendre dans quels domaines le quantique peut créer de la valeur et comment intégrer ses résultats dans la prise de décision au quotidien.

La gouvernance revêt une importance tout aussi grande. Les initiatives dans le domaine de l’informatique quantique ne doivent pas rester confinées au sein des équipes de recherche ou d’innovation. Le soutien de la direction, une prise en charge transversale, des priorités d’investissement claires et des objectifs commerciaux mesurables sont indispensables pour garantir que l’expérimentation débouche sur des résultats concrets pour l’entreprise, plutôt que sur de simples démonstrations techniques isolées.

Les décisions en matière d’infrastructure doivent également être prises suffisamment tôt. Les organisations devront à terme déterminer comment elles accéderont aux ressources de calcul quantique, que ce soit par l’intermédiaire de fournisseurs de services Cloud, de partenariats stratégiques ou de futures capacités internes. Ces décisions doivent s’inscrire dans le cadre des stratégies technologiques globales de l’entreprise plutôt que d’être considérées comme des investissements distincts.

Pour les dirigeants, le niveau de préparation doit être évalué en fonction des capacités organisationnelles plutôt qu’en fonction du matériel dont ils disposent. Les entreprises qui comprennent la place qu’occupe l’informatique quantique dans leur stratégie, qui disposent d’équipes qualifiées, qui entretiennent des partenariats solides et qui possèdent des cas d’utilisation concrets et éprouvés seront en mesure d’agir rapidement lorsque cette technologie deviendra commercialement intéressante.

L’adoption de l’informatique quantique diffère fondamentalement de celle de l’IA générative

Le succès de l’IA générative a influencé la manière dont de nombreux dirigeants envisagent les technologies émergentes. Les entreprises se sont habituées à lancer des projets pilotes en l’espace de quelques semaines, à en mesurer rapidement les résultats et à déployer à grande échelle les applications qui ont fait leurs preuves dans l’ensemble de l’entreprise. L’informatique quantique suit une voie différente.

L’informatique quantique n’est pas une technologie qui génère des retombées immédiates par le biais de projets de validation de concept de courte durée. Le développement d’applications utiles nécessite une collaboration soutenue entre des spécialistes du quantique, des scientifiques des données, des ingénieurs logiciels, des experts métier et des dirigeants d’entreprise. Chaque projet commence par la compréhension du problème métier, sa traduction en un modèle mathématique, la sélection ou le développement d’algorithmes quantiques adaptés, la préparation des données, la validation des résultats et l’évaluation de la valeur commerciale. Ce processus prend du temps, car chaque étape dépend à la fois de la maturité technique et de l’apprentissage organisationnel.

Pour les dirigeants, cela implique de revoir leurs attentes. Le succès ne doit pas se mesurer au nombre de projets pilotes lancés, mais à l’efficacité avec laquelle l’organisation acquiert des connaissances sur plusieurs années. Un projet pilote qui démontre que la technologie quantique ne crée pas de valeur peut s’avérer tout aussi utile qu’un projet qui identifie une opportunité prometteuse. Ces deux résultats permettent d’améliorer les décisions d’investissement futures.

On observe deux erreurs courantes. La première consiste à investir de manière trop audacieuse avant que la technologie ne soit au point, ce qui peut mobiliser des ressources sans générer de résultats commerciaux significatifs. La seconde consiste à reporter toute action jusqu’à ce que la technologie se généralise, ce qui permet aux concurrents de développer une expertise, des compétences et des cas d’utilisation éprouvés qu’il sera difficile de reproduire par la suite.

Une autre distinction importante réside dans le fait que les progrès ne dépendent pas uniquement des améliorations matérielles. Les organisations doivent sans cesse développer leur expertise interne, affiner leur gouvernance, renforcer leurs partenariats et améliorer la collaboration entre les équipes techniques et commerciales. Ces capacités s’accumulent progressivement et deviennent des atouts précieux, quel que soit le rythme exact du développement matériel.

Les dirigeants devraient donc considérer l’informatique quantique comme une capacité stratégique en constante évolution. L’objectif n’est pas de parvenir à un déploiement rapide, mais de créer une organisation capable d’identifier systématiquement les opportunités à forte valeur ajoutée et prête à les développer à grande échelle lorsque la technologie aura atteint sa maturité commerciale.

Les organisations devraient partir de véritables problèmes opérationnels

La stratégie quantique doit être guidée par les priorités métier plutôt que par la curiosité technique. Les organisations qui commencent par se demander où elles peuvent utiliser la technologie quantique risquent d’investir dans des projets générant une valeur limitée. Il vaut mieux se demander quels problèmes métier restent difficiles, voire impossibles, à résoudre avec les meilleures technologies actuelles.

De nombreuses entreprises ont déjà recours à l’intelligence artificielle, à l’apprentissage automatique et au calcul haute performance pour améliorer leurs opérations. Avant d’envisager le quantique, les dirigeants devraient d’abord déterminer si ces outils existants permettent de résoudre efficacement le problème. Si tel est le cas, l’introduction du quantique pourrait ajouter une complexité inutile sans pour autant améliorer les résultats de l’entreprise.

Toute initiative dans le domaine de l’informatique quantique doit être considérée comme une expérience commerciale structurée. Les organisations doivent définir des objectifs commerciaux clairs avant le début du développement, établir des critères de réussite mesurables et identifier les moments clés où il convient de décider de l’extension, de la révision ou de l’arrêt du projet. Cette approche rigoureuse permet de garantir que les investissements restent axés sur la valeur commerciale plutôt que sur des étapes techniques.

Les responsables de la production, de la logistique, de l’ingénierie, de la chaîne d’approvisionnement, de la recherche et du développement, des équipes commerciales et des services financiers comprennent les contraintes opérationnelles et les objectifs de performance qui déterminent si une solution apporte une réelle valeur ajoutée. Leur participation permet d’affiner la sélection des problèmes à traiter et augmente les chances que les projets pilotes couronnés de succès puissent être intégrés dans les processus opérationnels quotidiens.

Un autre facteur essentiel est le talent. Aujourd’hui, les organisations n’ont pas besoin de grands départements dédiés à l’informatique quantique, mais elles ont besoin d’un groupe restreint de spécialistes soutenu par une communauté plus large de dirigeants qui comprennent le potentiel de cette technologie. Le développement de cette culture quantique à plus grande échelle permet aux unités opérationnelles d’identifier les opportunités prometteuses, d’évaluer les résultats et d’intégrer les capacités quantiques dans leurs futures prises de décision.

Cette approche axée sur l’activité renforce également la discipline d’investissement. Plutôt que de se lancer dans l’informatique quantique simplement parce qu’il s’agit d’une technologie émergente, les organisations développent leurs capacités en fonction de priorités commerciales mesurables. À mesure que la technologie gagne en maturité,

Il est essentiel de développer les compétences en informatique quantique et de favoriser la culture quantique à l’échelle de l’organisation pour garantir un avantage concurrentiel à long terme

La technologie à elle seule ne déterminera pas quelles entreprises réussiront dans le domaine de l’informatique quantique. Ce sont les personnes qui en décideront. Les organisations qui développeront les compétences adéquates dès le début se trouveront dans une position bien plus solide que celles qui attendront que cette technologie se généralise.

Cette vision plus globale permet de réduire l’un des principaux risques liés aux technologies émergentes : les attentes irréalistes. Les dirigeants qui comprennent les capacités et les limites de l’informatique quantique sont mieux à même de hiérarchiser leurs investissements, d’éviter les projets à faible valeur ajoutée et de concentrer leurs ressources là où l’impact commercial est le plus probable.

La constitution de ce vivier de talents ne se limite pas au simple recrutement. L’offre de professionnels expérimentés dans le domaine de l’informatique quantique reste limitée, et la concurrence pour attirer les talents devrait s’intensifier à mesure que l’adoption de cette technologie s’accélère. Les entreprises doivent donc adopter une approche équilibrée, alliant un recrutement ciblé à la formation interne, à la formation des cadres, à des partenariats avec les universités, à des collaborations avec des instituts de recherche et à des relations avec les fournisseurs de technologies.

Le développement du leadership mérite une attention particulière. Les équipes de direction n’ont pas besoin d’une expertise technique approfondie, mais elles doivent disposer d’une compréhension suffisante pour prendre des décisions stratégiques éclairées. Les investissements dans le domaine quantique auront une incidence sur la stratégie technologique, les priorités en matière de recherche et développement, la planification de la cybersécurité, l’optimisation de la chaîne d’approvisionnement et l’allocation des capitaux à long terme. Ces décisions nécessitent un suivi éclairé au plus haut niveau de l’organisation.

Les entreprises devraient également considérer les capacités quantiques comme un atout à l’échelle de l’entreprise plutôt que comme la responsabilité d’un seul service. La réussite de cette adoption repose sur la collaboration entre les équipes techniques et les différentes fonctions de l’entreprise. À mesure que les technologies quantiques gagneront en maturité, les organisations disposant d’un savoir-faire partagé entre plusieurs disciplines seront en mesure d’identifier plus rapidement les opportunités et d’intégrer plus efficacement les applications performantes dans leurs opérations quotidiennes.

L’objectif n’est pas de constituer la plus grande équipe spécialisée dans l’informatique quantique. Il s’agit plutôt de mettre en place une organisation capable d’identifier les domaines dans lesquels l’informatique quantique peut générer une valeur ajoutée mesurable pour l’entreprise et disposant de l’expertise nécessaire pour agir lorsque ces opportunités se présentent.

Un modèle structuré d’évolution vers la maturité quantique aide les organisations à évaluer leur niveau de préparation

Se préparer à l’informatique quantique ne se résume pas à de l’enthousiasme et à des expérimentations. Cela nécessite une approche structurée pour mesurer les progrès, identifier les lacunes en matière de capacités et coordonner les investissements à l’échelle de l’entreprise. C’est là l’objectif du modèle de maturité quantique.

Ce cadre offre aux dirigeants un langage commun pour évaluer l’état de préparation. Au lieu de se concentrer uniquement sur la technologie, il évalue l’ensemble des capacités organisationnelles nécessaires à la réussite de la mise en œuvre. Cela permet aux équipes de direction d’aller au-delà de projets pilotes isolés et d’élaborer une stratégie coordonnée à long terme.

Le premier domaine concerne le pilotage stratégique. Les organisations doivent définir une feuille de route claire, suivre l’évolution des technologies quantiques et les activités de leurs concurrents, mettre en place une gouvernance, s’assurer du soutien de la direction et déterminer si leur stratégie consiste à être parmi les premiers à se lancer ou à suivre rapidement le mouvement. Ces décisions influencent les priorités d’investissement, les stratégies de partenariat et le rythme de développement des capacités.

Le deuxième axe porte sur les activités de développement précoce. Mettez en place une « usine quantique » dédiée, chargée de concevoir, de tester et d’affiner les cas d’utilisation quantiques. Cette capacité permet de disposer de processus reproductibles, de normes techniques et d’enseignements tirés de l’expérience, qui pourront être appliqués à l’ensemble des futurs projets. Elle aide également les organisations à s’adapter à mesure que le matériel et les logiciels continuent d’évoluer.

La préparation au leadership constitue le troisième volet du modèle. Les dirigeants doivent mettre en place un suivi continu des avancées technologiques et nouer des relations avec des start-ups, des laboratoires de recherche, des partenaires industriels, des universités et des programmes du secteur public. Ces partenariats permettent d’accéder à une expertise, à des technologies émergentes et à des ressources en informatique quantique qu’il ne serait pas toujours possible de développer en interne.

Le quatrième axe porte sur les compétences et les infrastructures. Les organisations doivent déterminer comment elles accéderont à l’informatique quantique, que ce soit par l’intermédiaire de fournisseurs de services Cloud, de prestataires commerciaux, de partenariats stratégiques ou de futures capacités internes. Elles doivent également se préparer à intégrer les systèmes quantiques à leur infrastructure informatique existante, à leurs technologies opérationnelles, à leurs plateformes d’IA et à leurs environnements de calcul haute performance, tout en continuant à développer les compétences nécessaires au sein de leur personnel.

L’une des caractéristiques importantes du modèle de maturité réside dans le fait qu’il comprend des étapes de progression mesurables. Les organisations peuvent ainsi déterminer si elles se contentent de suivre l’évolution de la situation, si elles expérimentent activement des cas d’utilisation, ou si elles exploitent déjà des capacités quantiques abouties, avec des applications métier bien définies et des feuilles de route technologiques à long terme. Cela renforce la responsabilisation et permet aux dirigeants d’ajuster leurs décisions d’investissement en fonction des progrès avérés plutôt que d’hypothèses.

Pour les dirigeants de haut niveau, le modèle de maturité constitue autant un outil de gouvernance qu’un cadre technologique. Il permet de s’assurer que les investissements restent en adéquation avec les priorités de l’entreprise, les capacités organisationnelles et le rythme des avancées technologiques. Plutôt que de réagir à l’effervescence du marché, les dirigeants peuvent prendre des décisions mûrement réfléchies, fondées sur un état de préparation mesurable et sur des objectifs stratégiques.

Les dirigeants devraient suivre une feuille de route par étapes qui permette de concilier la préparation et l’incertitude entourant l’informatique quantique

L’informatique quantique progresse rapidement, mais la date exacte de sa maturité commerciale reste incertaine. Cette incertitude ne doit pas empêcher les organisations de se préparer. Elle doit au contraire influencer la manière dont elles investissent. Une feuille de route par étapes permet aux entreprises de se doter progressivement des capacités nécessaires tout en limitant les risques inutiles.

La première phase est axée sur la stratégie. Au cours de la première année, les équipes de direction doivent déterminer dans quels domaines l’informatique quantique pourrait avoir le plus grand impact au sein de leur secteur d’activité et de leur chaîne de valeur. Cela nécessite d’identifier les fonctions métier qui dépendent fortement de l’optimisation, de la simulation ou de la modélisation mathématique complexe. Les dirigeants doivent également décider si l’entreprise entend devenir un pionnier dans certains domaines ou un « suiveur rapide » qui intensifiera ses investissements une fois que des étapes technologiques spécifiques auront été franchies.

Il convient également de mettre en place un cadre de gouvernance à ce stade. Le soutien de la direction, un leadership interfonctionnel et des objectifs mesurables favorisent la responsabilisation et garantissent que les initiatives quantiques restent en phase avec les priorités de l’entreprise. Sans ces fondements, l’expérimentation risque de se fragmenter et de devenir difficile à déployer à grande échelle.

La deuxième phase est axée sur l’expérimentation et le renforcement des capacités, et s’étend généralement de la première à la troisième année. Elle consiste à sélectionner trois à cinq cas d’utilisation à fort potentiel pour l’entreprise et à les évaluer dans le cadre de projets pilotes structurés. Ces projets pilotes doivent comporter des objectifs commerciaux clairement définis, des critères de réussite mesurables et des délais réalistes.

Cette phase devrait également inclure l’intégration de la technologie quantique dans la stratégie technologique globale de l’entreprise. La planification des infrastructures, le développement des compétences, les initiatives en matière d’intelligence artificielle et le calcul haute performance devraient évoluer de concert, afin que la technologie quantique s’inscrive dans les capacités d’analyse à long terme de l’organisation, plutôt que de rester une activité de recherche isolée.

La troisième phase est axée sur l’industrialisation. À mesure que les technologies quantiques arrivent à maturité et que leur valeur commerciale se précise, les projets pilotes couronnés de succès devraient passer à la phase de production. Les organisations devraient intégrer les capacités quantiques directement dans leurs flux de travail opérationnels, leurs processus décisionnels et leurs systèmes d’entreprise.

Au cours de cette phase, les connaissances en matière de technologie quantique devraient s’étendre au-delà du cercle des spécialistes techniques. Les responsables des domaines de la finance, des opérations, de l’ingénierie, de la production, de la chaîne d’approvisionnement et des fonctions commerciales doivent disposer d’une compréhension suffisante pour gérer et déployer à grande échelle les processus basés sur la technologie quantique. Il devient également essentiel de suivre en permanence les progrès en matière de matériel, le développement des logiciels, la concurrence sur le marché et l’évolution de la réglementation afin d’ajuster les priorités d’investissement au fil du temps.

L’intérêt de cette approche par étapes réside dans le fait qu’elle tient compte simultanément de deux réalités. La technologie continue d’évoluer, mais la préparation organisationnelle ne peut attendre que l’incertitude disparaisse. Les entreprises qui renforcent progressivement leurs capacités tout en respectant une discipline d’investissement se trouveront dans une position plus solide que celles qui retardent leur action ou s’engagent de manière trop audacieuse avant que le marché ne soit prêt.

Retarder la mise en place des conditions nécessaires à l’ère quantique présente un risque plus important à long terme que de commencer les préparatifs dès que possible

Le plus grand risque stratégique n’est pas d’investir trop tôt. C’est d’attendre trop longtemps avant de mettre en place les capacités organisationnelles nécessaires à l’informatique quantique.

L’histoire montre que les organisations sous-estiment souvent le temps nécessaire à l’adoption de technologies transformatrices. Le développement d’une expertise technique, la mise en place d’une gouvernance, l’intégration de nouvelles capacités informatiques, la refonte des processus métier et la formation des collaborateurs exigent tous des investissements soutenus. Lorsque la technologie aura atteint sa maturité commerciale, les entreprises qui auront tardé à se préparer pourraient encore n’en être qu’au début de ce parcours, tandis que leurs concurrents déploieront déjà des solutions à l’échelle de la production.

Ce risque est particulièrement important pour les secteurs où l’optimisation et la simulation jouent un rôle central dans la compétitivité. La santé, l’industrie pharmaceutique, les services financiers, la logistique, l’aérospatiale, l’énergie et la défense sont des secteurs susceptibles de tirer parmi les premiers des avantages commerciaux de l’informatique quantique. Dans ces secteurs, l’accélération des découvertes scientifiques, une allocation plus efficace des ressources, une meilleure gestion des risques et une prise de décision opérationnelle améliorée peuvent se traduire directement par un avantage concurrentiel.

Cela ne signifie pas pour autant que les organisations doivent réaliser dès aujourd’hui des investissements importants dans du matériel quantique spécifique. Le paysage technologique continue d’évoluer, et d’importantes questions techniques restent en suspens, notamment en ce qui concerne les architectures matérielles, l’évolutivité, la mémoire quantique et les interconnexions entre systèmes. Opter trop tôt pour une plateforme particulière pourrait entraîner des coûts inutiles et limiter la flexibilité future.

Les dirigeants devraient plutôt s’attacher à développer des compétences qui conserveront toute leur valeur, quelle que soit la plateforme matérielle qui s’imposera à terme. Il s’agit notamment de développer les talents, d’identifier les enjeux stratégiques à forte valeur ajoutée, de renforcer les partenariats avec les fournisseurs de technologies et les organismes de recherche, de mettre en place une gouvernance et d’intégrer la planification quantique dans des stratégies plus larges de transformation numérique.

Alors que l’IA continuera à se développer au sein des entreprises au cours des 12 à 24 prochains mois, les équipes de direction devraient commencer à réfléchir à la manière dont l’informatique quantique pourrait constituer le prochain renforcement majeur de leurs capacités d’analyse. L’IA et l’informatique quantique ne sont pas des priorités concurrentes. Elles sont susceptibles d’évoluer de concert, chacune répondant à des catégories différentes de défis commerciaux.

Pour les dirigeants de haut niveau, le message concret est clair. Se préparer ne signifie pas prédire avec exactitude à quel moment l’informatique quantique connaîtra une adoption commerciale généralisée. Il s’agit plutôt de veiller à ce que l’organisation dispose des connaissances, du leadership, des partenariats et des capacités opérationnelles nécessaires pour réagir rapidement lorsque ce moment arrivera.

La période de préparation est toujours ouverte, mais elle ne le restera pas indéfiniment. Les organisations qui commencent dès aujourd’hui à se préparer bénéficieront d’une plus grande flexibilité, de capacités internes plus solides et d’une meilleure opportunité de tirer parti d’avantages concurrentiels lorsque l’informatique quantique deviendra commercialement viable.

Dernières réflexions

L’informatique quantique n’est plus une question de « si ». Il s’agit désormais de savoir quand et dans quelle mesure on y est préparé. Les organisations qui en tireront le plus grand bénéfice ne seront pas nécessairement celles qui accéderont en premier à cette technologie. Ce seront celles qui se sont déjà dotées des capacités nécessaires pour identifier les domaines dans lesquels l’informatique quantique crée une réelle valeur ajoutée pour leur activité et qui pourront agir en toute confiance lorsque les conditions économiques le justifieront.

Cette préparation commence bien avant que l’informatique quantique ne devienne une technologie d’entreprise courante. Elle consiste à sensibiliser les dirigeants, à renforcer les compétences techniques et commerciales, à identifier les cas d’utilisation à forte valeur ajoutée, à mettre en place une gouvernance et à intégrer la planification quantique dans des stratégies plus larges d’intelligence artificielle et de transformation numérique. Ces investissements confèrent une flexibilité organisationnelle, quelle que soit la rapidité avec laquelle le matériel sous-jacent évolue.

Dans le même temps, la rigueur reste essentielle. L’informatique quantique ne doit pas devenir une énième initiative technologique à la recherche d’un problème commercial. Chaque investissement doit être lié à des résultats mesurables, s’appuyer sur une évaluation rigoureuse et être guidé par des priorités stratégiques claires. Les organisations qui conserveront cette orientation seront mieux placées pour créer de la valeur tout en évitant les coûts inutiles et les distractions.

Pour les PDG et les équipes de direction, le défi consiste à trouver le juste équilibre entre patience et urgence. La technologie est encore en phase de maturation, mais les capacités nécessaires pour l’utiliser efficacement ne s’acquièrent pas du jour au lendemain. Les entreprises qui commencent à se préparer dès aujourd’hui s’offrent davantage d’options stratégiques pour demain. Celles qui attendent d’avoir une certitude absolue risquent de constater que l’occasion de se forger un avantage concurrentiel significatif est déjà passée.

La prochaine génération de dirigeants d’entreprise ne se distinguera pas par sa capacité à être la première à adopter chaque nouvelle technologie. Elle se distinguera par sa capacité à savoir quand investir, où mettre en œuvre ces technologies et comment transformer les capacités émergentes en valeur commerciale durable. L’informatique quantique se rapproche progressivement de ce moment, et les organisations qui s’y préparent dès maintenant seront les mieux placées pour façonner l’avenir.

Alexander Procter

août 6, 2026

31 Min

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