SAP propose un accès limité à l’IA sur site
SAP redéfinit sa relation avec des milliers de clients de longue date qui utilisent encore l’ancienne plateforme ECC. Lors de la conférence Sapphire 2026, l’entreprise a dévoilé un plan visant à permettre à ces clients d’utiliser certains de ses assistants Joule AI, des outils numériques conçus pour automatiser et optimiser les flux de travail de l’entreprise. Mais il y a une condition : ils ne pourront accéder à ces fonctionnalités d’IA que s’ils consacrent au moins la moitié de leurs dépenses de maintenance aux services cloud de SAP.
Plus de 20 000 entreprises utilisent des systèmes ECC comportant de nombreuses personnalisations qui compliquent la migration vers S/4HANA. Pendant des années, SAP a adopté une position stricte, insistant pour que ces clients migrent entièrement vers le cloud afin d’accéder à de nouvelles technologies telles que l’IA. Aujourd’hui, l’entreprise propose une solution intermédiaire : un accès limité à l’IA pour ceux qui sont prêts à engager des dépenses en vue de leur migration vers le cloud. Cette évolution tient compte de la complexité réelle de la transformation numérique tout en préservant la stratégie cloud à long terme de SAP.
Pour les dirigeants d’entreprise, il s’agit d’une négociation axée sur la valeur et l’engagement. Le message de SAP est clair : l’innovation passe par la participation. L’entreprise souhaite aligner les calendriers de modernisation de ses clients sur son modèle économique, en faisant un pas vers les entreprises pour les aider à tirer parti des avantages de l’IA à court terme, tout en les guidant vers une adoption complète du cloud à terme. Il s’agit d’une initiative stratégique qui positionne l’investissement dans le cloud comme une étape essentielle vers des systèmes d’entreprise plus intelligents et mieux connectés.
Géraldine McBride, PDG de MyWave et ancienne présidente de SAP, a souligné que plus de 20 000 entreprises restaient « bloquées » sur ECC en raison de la complexité du code spécifique à leur secteur d’activité. Sebastian Steinhaeuser, directeur de la stratégie chez SAP, a ensuite confirmé cette nouvelle politique lors d’une conférence de presse et a souligné que les assistants Joule étaient « conçus pour le cloud ».
Cette nouvelle offre concilie les besoins des clients et la nécessité d’accélérer la migration vers le cloud
La direction de SAP envoie un message clair : l’avenir réside dans le cloud. Pourtant, avec cette offre, l’entreprise fait preuve d’une flexibilité hors du commun. Les clients qui en sont à mi-parcours de leur processus de modernisation peuvent bénéficier d’une assistance limitée en matière d’IA, mais uniquement s’ils s’engagent financièrement de manière significative envers la plateforme cloud de SAP. Quant à ceux qui utilisent déjà Cloud ERP Private, les avantages sont plus importants : jusqu’à trois assistants Joule activés sans frais supplémentaires pour prendre en charge les processus financiers, RH et de chaîne d’approvisionnement.
L’entreprise adopte une approche prudente, en répondant aux besoins de modernisation de ses clients existants tout en renforçant ses propres objectifs de chiffre d’affaires dans le cloud. L’offre d’IA conditionnelle permet aux clients de poursuivre leur progression sur la feuille de route numérique de SAP, garantissant ainsi un bénéfice mutuel : les utilisateurs bénéficient d’une valeur opérationnelle immédiate grâce à des fonctionnalités limitées basées sur l’IA, tandis que SAP renforce sa présence dans le cloud auprès de l’ensemble de sa clientèle.
Pour les dirigeants, cela représente bien plus qu’une simple offre de produits : il s’agit d’un changement de stratégie en matière d’engagement. SAP comprend que de nombreuses grandes entreprises évoluent au sein d’architectures héritées complexes, et qu’une migration complète nécessite du temps, des investissements et une harmonisation des orientations stratégiques. En associant l’accès à l’IA à une adoption partielle du cloud, SAP transforme ainsi la modernisation, qui passe d’un défi technique à une décision stratégique générant des retombées mesurables.
Manoj Swaminathan, directeur des produits Business Suite chez SAP, a précisé cette approche en déclarant : « Nous souhaitons que chaque client nous suive dans cette voie. » C’est un ton pragmatique, qui allie optimisme et orientation stratégique claire. Cette démarche positionne SAP comme un partenaire de transformation progressive plutôt que comme un fournisseur rigide exigeant un changement immédiat.
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Les clients sont confrontés à des obstacles opérationnels et financiers qui entravent leur migration vers S/4HANA
Pour de nombreuses entreprises, la migration vers S/4HANA ne ralentit pas en raison de doutes d’ordre technologique ; ce sont l’ampleur et le coût de la transition qui les freinent. Passer de l’ancienne plateforme ECC de SAP au système basé sur le Cloud nécessite d’intégrer des opérations complexes et personnalisées, ainsi que de former à nouveau les équipes pour qu’elles puissent gérer ces nouveaux environnements. C’est un processus qui demande du temps, des ressources humaines et de l’argent.
Les entreprises de taille moyenne sont particulièrement touchées. Elles ne disposent souvent pas de la souplesse financière nécessaire pour repenser leurs processus métier ou maintenir des systèmes parallèles pendant la phase de transition. Même lorsque la valeur stratégique de la modernisation est évidente, les dirigeants subissent des pressions pour justifier ces investissements auprès des conseils d’administration et des actionnaires. Beaucoup sont contraints de continuer à exploiter des configurations hybrides, dans lesquelles certaines données sont stockées dans le cloud tandis que les données critiques de production ou financières restent sur site. Ces réalités ralentissent la migration et réduisent les avantages d’une adoption à grande échelle de l’IA.
Christopher Diaz, vice-président senior des finances chez Rio2, une société minière canadienne, a décrit précisément ce défi. Son équipe prévoit d’utiliser l’assistant Joule de SAP dès que ses données opérationnelles seront entièrement dans le cloud, mais pour l’instant, elle gère encore les informations clés relatives à la production dans des tableurs. Cela met en évidence les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses entreprises. La technologie est prête, mais le parcours menant à son adoption reste fragmenté.
Pour les décideurs, cela devrait constituer un signal clair : pour réussir, les stratégies de migration nécessitent un budget et un plan de mise en œuvre mesuré et interfonctionnel. La technologie ne peut pas produire d’impact si l’organisation n’est pas structurellement préparée à la transformation, et la plupart des directions générales devront considérer la consolidation des données et la refonte des processus comme des leviers stratégiques.
Les analystes du secteur considèrent l’offre de SAP liée à l’IA à la fois comme un levier stratégique et comme une tactique de pression
Les réactions des analystes montrent que la nouvelle politique de SAP en matière d’IA a été accueillie à la fois avec compréhension et scepticisme. La logique technique qui sous-tend la stratégie « cloud-first » de SAP est solide. Les outils d’IA avancés reposent sur une puissance de calcul évolutive et de mises à jour continues, qui sont bien plus difficiles à assurer dans un environnement sur site. En liant la disponibilité de l’IA à un engagement en faveur du cloud, SAP garantit des performances constantes à l’échelle de son écosystème. Cependant, les experts soulignent également que cette approche exerce de fait une pression sur les clients pour qu’ils accélèrent leurs délais de migration.
Maribel Lopez, fondatrice de Lopez Research, a reconnu le bien-fondé de l’argumentation de SAP et a déclaré que l’entreprise avait raison de souligner la difficulté de développer une IA moderne sur des plateformes sur site plus anciennes. En revanche, Mickey North Rizza, vice-président du groupe chargé des logiciels d’entreprise chez IDC, a qualifié cette stratégie de « nouvelle approche de la carotte et du bâton », présentant l’IA à la fois comme une incitation et un facteur de motivation pour les entreprises à investir dans le cloud. Selon les données d’IDC, 31 % des organisations passent actuellement des systèmes sur site aux systèmes cloud, tandis que 23 % reviennent aux systèmes sur site, ce qui montre que les transformations numériques ne progressent pas toujours dans un seul sens.
Pour les dirigeants, ces informations sont cruciales. La nouvelle offre liée à l’IA n’est pas seulement une proposition technique ; il s’agit d’un mécanisme commercial conçu pour canaliser la dynamique des clients vers les objectifs stratégiques de SAP. Les capacités d’IA deviennent un élément central de la compétitivité des entreprises, et SAP adapte son architecture, ses mesures d’incitation destinées aux clients et sa tarification à cette évolution. Les entreprises qui hésitent à se moderniser risquent de se retrouver confrontées à des désavantages tant technologiques que stratégiques, car les éditeurs de logiciels lient de plus en plus l’accès à l’innovation à l’adoption du cloud.
C’est un moment décisif pour les dirigeants d’entreprise. La tendance du marché est claire : les systèmes intelligents, basés sur les données, nécessitent une infrastructure cloud évolutive. La dernière initiative de SAP rend cette évolution inévitable pour les organisations qui souhaitent véritablement rester compétitives.
Les fournisseurs tiers tirent parti de la lenteur du processus de migration de SAP
Alors que SAP incite ses clients à migrer vers le cloud, d’autres fournisseurs de technologies interviennent pour combler un vide qui ne cesse de s’élargir. Ces fournisseurs reconnaissent que de nombreuses entreprises ne sont ni prêtes, ni disposées à consacrer des ressources importantes à une migration complète. Leur stratégie est claire : proposer des outils basés sur l’IA qui fonctionnent directement au sein des anciens environnements ECC de SAP, sans nécessiter une migration coûteuse vers une infrastructure cloud.
MyWave est à la tête de ce mouvement. Dirigée par sa PDG, Géraldine McBride, ancienne présidente de SAP, l’entreprise propose des agents d’IA qui s’intègrent de manière native à ECC. Mme McBride a souligné que de nombreuses entreprises se trouvent « bloquées » en raison d’une personnalisation poussée de leurs systèmes, souvent liée à des processus sectoriels spécifiques et à des « codes Z » difficilement transposables sur des plateformes cloud. Son approche redéfinit la transformation numérique : les organisations peuvent d’abord moderniser leurs opérations, puis migrer lorsque le moment et les ressources le permettent. Cela inverse le modèle promu par SAP, en donnant aux clients davantage de contrôle sur leur propre calendrier de modernisation.
Ben McGrail, directeur général du cabinet de conseil Xmateria, estime que les délais de migration fixés par SAP ont suscité une résistance inutile. Il estime qu’environ 40 % des clients SAP utiliseront encore ECC d’ici 2030, et qu’environ un tiers d’entre eux n’ont aucun projet de migration en cours. En réalité, de nombreuses entreprises ne voient que peu d’avantages commerciaux directs à une migration immédiate et préfèrent attendre des propositions de valeur plus claires.
Pour les dirigeants, cette dynamique introduit une dimension de concurrence et de flexibilité dans ce qui était auparavant considéré comme une directive de migration rigide. Les solutions tierces ouvrent de nouvelles voies facultatives, permettant aux entreprises d’acquérir immédiatement des capacités d’IA plutôt que de reporter leurs progrès jusqu’à ce qu’une migration complète soit achevée. Cette fragmentation de l’écosystème représente également un risque pour SAP : sa capacité à fidéliser ses clients à long terme pourrait être remise en cause si d’autres fournisseurs continuent à proposer plus rapidement des solutions pragmatiques.
L’accès conditionnel à l’IA proposé par SAP s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus large
L’approche actuelle de SAP envoie un message clair : l’accès aux capacités d’IA et d’automatisation de nouvelle génération ne sera réservé qu’à ceux qui investissent activement dans une infrastructure cloud. Les dirigeants de l’entreprise ne cachent pas cette intention : il s’agit d’aligner la modernisation des clients sur la trajectoire commerciale de SAP. Les organisations qui font preuve d’un engagement financier et technique en faveur du cloud auront accès aux assistants Joule et à d’autres fonctionnalités basées sur l’IA, tandis que celles qui resteront sur des systèmes existants seront confrontées à des restrictions.
Ce modèle d’accès structuré permet à SAP de rester concentré sur ses objectifs à long terme tout en répondant aux attentes des clients en matière de flexibilité. Il permet à l’entreprise de trouver un équilibre entre la mise en œuvre d’innovations et la pérennité de son chiffre d’affaires. Pour les clients, il offre un choix clair : soit maintenir leurs opérations existantes avec un potentiel d’innovation réduit, soit s’engager pleinement dans l’écosystème de SAP pour bénéficier d’une évolution continue.
D’un point de vue stratégique, cela s’inscrit dans l’ambition plus large de SAP de regrouper l’ensemble de sa base d’utilisateurs au sein d’une infrastructure unique et évolutive, capable de prendre en charge l’analyse en temps réel, l’automatisation basée sur l’IA et des performances de service plus prévisibles. Cette approche garantit également une expérience client cohérente, en réduisant au minimum la fragmentation technique qui résulte souvent de l’utilisation de systèmes hybrides.
Sebastian Steinhaeuser, directeur de la stratégie chez SAP, l’a clairement expliqué en déclarant que les assistants Joule sont « conçus pour le cloud ». Son commentaire résume sans ambiguïté l’orientation de SAP : la transition vers le cloud est essentielle à la stratégie d’innovation de l’entreprise. Pour les dirigeants chargés d’élaborer des feuilles de route technologiques, il s’agit là d’un signal sans équivoque indiquant que la création de valeur dans les entreprises modernes dépend de plus en plus de plateformes technologiques capables de soutenir des cycles d’innovation continus.
Faits marquants
- L’accès conditionnel à l’IA favorise l’engagement envers le cloud : SAP n’accorde à ses clients ECC existants qu’un accès limité à l’IA s’ils s’engagent à consacrer au moins 50 % de leurs dépenses de maintenance à son cloud, alignant ainsi l’innovation à court terme sur la stratégie cloud à long terme. Les dirigeants doivent évaluer leur niveau de préparation et la cohérence de leur budget avant de s’engager.
- Un accompagnement équilibré, associé à une incitation à la modernisation : l’offre de SAP accompagne les clients dans leur transition tout en renforçant la dynamique vers une adoption complète du cloud. Les dirigeants devraient tirer parti de cette flexibilité structurée pour générer de la valeur immédiate tout en planifiant une feuille de route claire pour la migration.
- Des obstacles opérationnels et financiers freinent la migration : les coûts élevés, la complexité de l’intégration et la fragmentation des données continuent de ralentir l’adoption de S/4HANA. Les dirigeants devraient élaborer des plans de modernisation par étapes qui associent la hiérarchisation des priorités budgétaires à des gains mesurables en termes d’efficacité des processus.
- L’IA devient à la fois une incitation et un levier de transformation : les analystes considèrent la stratégie de SAP comme un catalyseur de l’adoption du cloud, proposant de l’innovation en échange d’une migration. Les dirigeants devraient inscrire leurs investissements dans l’IA dans le cadre d’une stratégie d’efficacité plus large visant à garantir la compétitivité numérique à long terme.
- Des fournisseurs tiers tirent parti du retard de SAP en matière de migration : des entreprises telles que MyWave proposent des solutions d’IA pour ECC sans engagement envers le cloud, offrant ainsi aux clients des options de modernisation plus rapides. Les décideurs devraient évaluer si les solutions d’IA externes peuvent apporter une valeur ajoutée à court terme tout en préservant la flexibilité d’intégration de SAP.
- L’innovation est désormais liée à des investissements tangibles dans le cloud : l’approche de SAP indique que l’accès futur à des outils de pointe dépendra d’une participation active au cloud. Les dirigeants devraient considérer la migration vers le cloud comme un levier stratégique pour une innovation durable.
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