Le discours sur la « guerre contre les écrans » est exagéré, car les appareils sans écran restent des accessoires des systèmes basés sur des écrans

On entend beaucoup parler de l’idée selon laquelle nous entrerions dans une ère « sans écran ». Ce n’est pas le cas, pas encore, et peut-être jamais. Ce qui se passe, c’est une intégration. Des entreprises comme OpenAI et Apple se lancent dans de nouvelles formes de matériel qui s’appuient fortement sur la commande vocale et les capteurs, mais ces produits restent connectés à des téléphones, des tablettes ou des ordinateurs. Ils ne remplacent pas les écrans ; ils les prolongent.

Jony Ive, l’ancien designer d’Apple qui travaille désormais chez OpenAI, développe une nouvelle gamme de matériel visant à intégrer l’IA dans des appareils physiques et interactifs. L’objectif de son équipe n’est pas de supprimer l’écran, mais de créer du matériel qui associe l’interaction vocale à l’infrastructure numérique existante. Eric Migicovsky, fondateur de Pebble, développe quant à lui une bague connectée qui enregistre et traite des notes vocales grâce à un système d’IA intégré à un smartphone. Ces deux exemples montrent que l’objectif est de rendre l’interaction plus fluide, et non de supprimer complètement les écrans.

Pour les dirigeants d’entreprise, la véritable opportunité réside dans la convergence. Les produits les plus prometteurs de demain associeront l’informatique physique et sensorielle aux écosystèmes d’écrans déjà bien établis. La technologie sans écran renforcera l’engagement numérique lorsqu’elle sera associée de manière intelligente aux écrans, et non lorsqu’elle sera développée indépendamment de ceux-ci. Ce sont les entreprises qui comprendront cette intégration — plutôt que de proclamer une « révolution » — qui maîtriseront la prochaine transition du marché.

Le potentiel du marché est évident. Selon les prévisions de The Business Research Company, le marché de l’informatique ambiante dépassera les 200 milliards de dollars d’ici 2030. Il ne s’agit pas d’un phénomène marginal, mais bien d’une croissance généralisée. Les gagnants seront ceux qui concevront des écosystèmes hybrides associant l’interaction sans écran à l’expérience visuelle à laquelle les utilisateurs sont déjà habitués.

Les progrès en matière de miniaturisation du matériel et les préoccupations croissantes concernant le temps passé devant les écrans

Si les appareils sans écran suscitent aujourd’hui autant d’intérêt, ce n’est pas pour des raisons philosophiques, mais techniques. La technologie audio duplex est devenue si compacte et performante que l’IA peut désormais communiquer avec les utilisateurs de manière continue, naturelle et sans délai. Cette avancée permet une informatique ambiante réelle et toujours active. Elle permet aux utilisateurs d’interrompre l’IA ou de parler par-dessus elle au cours d’une conversation normale, éliminant ainsi bon nombre des frustrations qui limitaient les assistants vocaux de la génération précédente.

Dans le même temps, la société réévalue le coût d’une exposition visuelle constante. Les parents et les éducateurs s’opposent à une utilisation excessive des écrans, en particulier chez les enfants. En janvier, l’Académie américaine de pédiatrie a mis à jour ses recommandations dans un rapport intitulé « Écosystèmes numériques, enfants et adolescents ». Leur message était clair : il ne suffit plus de limiter le temps passé devant les écrans en heures. Il faut repenser en profondeur la manière dont les enfants interagissent avec la technologie : à quelle fréquence, dans quelles conditions et via quel type d’appareil. Cette évolution s’inscrit naturellement dans le cadre de l’essor d’interfaces plus passives, axées sur l’audio.

Pour les dirigeants, cette convergence entre innovation technologique et conscience sociale définit un nouveau champ stratégique. Il existe un marché en pleine expansion, composé d’utilisateurs qui recherchent des technologies permettant d’améliorer la productivité ou la sécurité, mais sans le fardeau visuel et psychologique que représentent les écrans omniprésents. Répondre à cette demande nécessite une conception réfléchie, avec des appareils qui semblent « humains » tout en restant fiables, efficaces et durables.

Il s’agit d’un moment de réorientation, et non de rébellion. Les progrès en matière de matériel permettent désormais de concevoir des appareils plus intelligents, plus compacts et plus intuitifs. La question n’est pas de savoir si les écrans vont disparaître, mais comment déployer l’IA ambiante de manière responsable dans tous les secteurs d’activité, tout en s’alignant sur les nouvelles attentes en matière de santé et de politique.

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Les mesures réglementaires dans le secteur de l’éducation visent à la fois les smartphones et les appareils portables sans écran

Les gouvernements et les systèmes scolaires prennent des mesures énergiques pour limiter l’utilisation des appareils numériques en classe. Cette tendance a commencé par l’interdiction des smartphones, mais s’étend désormais aux appareils portables, y compris ceux qui ne sont pas équipés d’écran. En 2024, environ 40 % des pays avaient restreint l’utilisation des smartphones dans les établissements scolaires. Aux États-Unis, 35 États avaient instauré des interdictions, notamment dans de grands districts scolaires tels que celui de Los Angeles, qui accueille plus d’un demi-million d’élèves. L’Europe et l’Asie suivent des voies similaires : la France a entamé ce processus en 2018, les Pays-Bas ont instauré des restrictions en janvier 2024, et la Corée du Sud ainsi que l’Australie ont également adopté des mesures visant l’utilisation des téléphones par les élèves.

L’intention qui sous-tend ces mesures est louable : réduire les distractions, préserver la santé mentale et améliorer la concentration. Cependant, leur mise en œuvre et leur champ d’application s’avèrent difficiles. Certaines autorités scolaires étendent ces mesures aux appareils portables, notamment les montres connectées et les appareils de communication. La crainte est que même ces petits appareils puissent perturber le déroulement des cours ou faciliter la tricherie. Il en résulte une approche incohérente, dans laquelle des technologies fonctionnelles et à faible risque sont mises dans le même panier que des sources de distraction à fort impact.

Pour les dirigeants et les décideurs politiques, cette évolution constitue un signal crucial. Une réglementation qui traite tous les appareils connectés de la même manière risque d’étouffer l’innovation et d’orienter de manière inappropriée les investissements dans les technologies éducatives. L’avenir de l’apprentissage dépendra d’un juste équilibre : il faudra limiter les utilisations préjudiciables tout en autorisant les outils qui améliorent véritablement la communication et l’organisation. Les entreprises technologiques qui développent des appareils destinés à l’éducation doivent concevoir leurs produits en tenant compte de la conformité : des notifications discrètes, une connectivité limitée et un accès contrôlé peuvent rendre ces appareils acceptables au regard des règles actuelles et futures.

Ces politiques plus strictes s’inscrivent dans une tendance culturelle plus large : les gens souhaitent avoir davantage de contrôle sur la manière dont la technologie est utilisée dans les environnements éducatifs. Les entreprises qui répondront de manière réfléchie à cette demande, plutôt que de s’y opposer, définiront la prochaine génération de technologies éducatives.

Interdire les appareils portables sans écran n’est pas réaliste et pourrait s’avérer contre-productif

Interdire totalement les appareils portables sans écran n’est pas réaliste. Les appareils tels que les bagues connectées, les bracelets ou les montres à commande vocale sont suffisamment petits pour passer facilement inaperçus. Appliquer une telle interdiction nécessiterait des contrôles quotidiens qui ne seraient ni efficaces ni respectueux de la vie privée. Plus important encore, ces appareils ont une utilité pratique. Ils offrent des alarmes, des rappels, des outils de communication et une surveillance de la sécurité sans l’attrait visuel addictif des smartphones ou des réseaux sociaux. Pour les élèves, cela signifie pouvoir bénéficier de ces fonctionnalités sans être exposés aux comportements néfastes associés au défilement incessant ou aux jeux vidéo.

D’un point de vue stratégique, il s’agit d’une opportunité, et non d’une contrainte. Les établissements scolaires, les parents et les décideurs politiques peuvent collaborer pour mettre en place des cadres permettant une utilisation responsable des appareils portables, plutôt que de recourir à des interdictions générales. Ces appareils peuvent favoriser des habitudes numériques plus saines et combler le fossé de communication entre les parents et les élèves, sans réintroduire le facteur de distraction inhérent aux smartphones. Pour les développeurs, cela implique d’optimiser la conception en privilégiant la discrétion, l’utilité et une intrusion minimale, autant de caractéristiques qui font de la technologie portable un allié plutôt qu’une menace dans le milieu scolaire.

Les dirigeants devraient considérer cela comme un problème de conception et de politique, et non comme un problème de contrôle. Les technologies qui favorisent une utilisation ciblée et pertinente seront toujours bien accueillies, même dans des environnements réglementés. Les entreprises qui réussiront seront celles qui sauront instaurer la confiance grâce à la transparence, proposeront des limites fonctionnelles claires et démontreront des avantages mesurables en termes de productivité et de sécurité.

Le fait de supprimer ces appareils n’élimine pas les sources de distraction ; il supprime des opportunités. Le véritable défi, tant pour les établissements scolaires que pour les entreprises, consiste à distinguer les aspects néfastes de la technologie de son utilité fondamentale, et à concevoir leurs solutions en conséquence.

L’avenir de la technologie passera par l’intégration d’appareils dotés d’un écran et d’appareils sans écran

L’avenir ne consiste pas à abandonner les écrans, mais à fusionner le visuel et l’environnement. Pour les adultes, les écrans restent essentiels à la productivité, au travail créatif et à la communication. Ils offrent une précision et un contexte que les systèmes purement audio ou gestuels ne peuvent pas encore égaler. Parallèlement, la tendance vers des appareils sans écran représente une évolution parallèle, une couche d’interaction plus discrète et plus fluide, conçue pour réduire la surcharge cognitive et la dépendance à un engagement visuel constant.

Nous assistons déjà à cette évolution vers l’hybride. Les entreprises lancent des lunettes dotées d’IA qui associent des micro-écrans discrets à l’interaction vocale et à l’assistance contextuelle. Ces appareils constituent un juste milieu entre les interfaces visuelles immersives auxquelles les utilisateurs sont habitués et les expériences informatiques ambiantes et fluides issues des progrès de l’IA. Ce qui se dessine n’est pas un cycle de remplacement, mais un environnement à double voie où les deux coexistent, répondant à des besoins différents selon l’utilisateur et la situation.

Pour les enfants, l’approche doit être différente. Les appareils qui s’appuient sur l’intelligence artificielle et des interfaces sans écran offrent la possibilité d’interagir avec la technologie sans les boucles de rétroaction des réseaux sociaux ni les stimuli visuels constants qui sont sources de distraction et d’anxiété. Pour les parents et les éducateurs, cela représente une approche numérique plus saine qui préserve la communication, la sécurité et l’apprentissage, tout en mettant hors de portée les mécanismes de conception addictifs.

Pour les dirigeants et les responsables de la stratégie produit, cette distinction est importante. Les adultes souhaitent disposer de systèmes puissants, capables de gérer plusieurs tâches à la fois et s’intégrant aux flux de travail existants. Les parents et les enseignants, en revanche, recherchent une technologie simple et éthique, conçue pour préserver l’attention et le bien-être mental. C’est la capacité à répondre à ces attentes contrastées qui déterminera le succès des produits au cours de la prochaine décennie.

L’innovation dépend désormais de la capacité des entreprises à adapter la technologie au contexte de l’utilisateur avec précision. L’avenir de l’interaction numérique ne supprimera pas les écrans, mais affinera la manière dont ils sont utilisés, le moment où ils le sont et les raisons pour lesquelles ils le sont. Les appareils sans écran viendront combler les lacunes là où l’attention visuelle n’est pas nécessaire, offrant ainsi efficacité et équilibre dans un monde où la présence et la performance comptent toutes deux.

Principaux enseignements pour les dirigeants

  • Le « screenless » ne remplace pas les écrans : les appareils « screenless » élargissent les écosystèmes numériques. Les dirigeants devraient investir dans des systèmes hybrides qui relient les interfaces d’IA ambiantes aux produits à écran déjà établis afin d’en tirer le maximum de valeur.
  • Les progrès techniques répondent à une demande sociétale : les avancées en matière d’audio miniaturisé et d’intelligence artificielle vont de pair avec le désir croissant du public de réduire sa dépendance aux écrans. Les dirigeants devraient positionner des produits qui favorisent une utilisation équilibrée du numérique tout en répondant aux préoccupations sanitaires et sociétales.
  • La politique en matière d’éducation laisse entrevoir une réglementation stricte : alors que 40 % des pays et de nombreux États américains interdisent les smartphones, et désormais les appareils portables, les entreprises doivent concevoir des appareils conformes aux réglementations et adaptés à l’environnement scolaire, qui offrent une réelle utilité sans entraîner de distraction ni de risques liés à la connectivité.
  • Les interdictions générales des appareils portables ne sont pas réalistes : les appareils portables sans écran offrent des avantages en termes de productivité et de sécurité, tout en comportant moins de fonctionnalités susceptibles de créer une dépendance. Les décideurs devraient plaider en faveur de politiques d’utilisation adaptatives et privilégier des conceptions discrètes et réglementées qui renforcent la confiance dans les contextes sensibles.
  • L’avenir est hybride : l’interaction numérique trouvera son équilibre entre les écrans et l’IA ambiante. Les dirigeants doivent développer des produits différenciés : des appareils immersifs dotés de nombreux écrans pour les adultes et des technologies sans écran favorisant la pleine conscience pour les plus jeunes, afin de répondre aux nouvelles exigences en matière de mode de vie et de bien-être.

Alexander Procter

juin 30, 2026

12 Min

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