L’atrophie culturelle traduit un affaiblissement de la cohésion culturelle

Les organisations, tous secteurs confondus, sont confrontées à ce que Gartner appelle « l’atrophie culturelle ». Il s’agit de l’effritement insidieux des valeurs communes qui, autrefois, donnaient aux équipes un sens commun de leur mission. Lorsque la culture cesse de guider la performance, la cohésion s’affaiblit et la productivité commence à baisser. L’enquête menée par Gartner auprès de 426 directeurs des ressources humaines (DRH) dans 23 secteurs d’activité illustre clairement cette réalité : seuls 47 % d’entre eux estiment que la culture d’entreprise est un moteur de performance, et à peine 43 % des salariés pensent qu’elle les aide à réussir. Cet écart caractérise la situation actuelle.

Le problème n’est pas que les entreprises aient oublié comment communiquer leurs valeurs. C’est plutôt que le monde du travail lui-même a évolué plus rapidement que ces valeurs. L’allongement du temps de travail, l’alourdissement de la charge de travail, la précarité croissante de l’emploi et la flexibilité réduite ont redéfini les attentes des salariés. Pourtant, l’empathie et la transparence, ces qualités de leadership qui avaient pris de l’importance après la pandémie, ont discrètement perdu de leur importance. Les gens s’en rendent compte et réévaluent leur confiance en conséquence.

Une culture d’entreprise qui fonctionnait autrefois sans heurts est aujourd’hui en décalage avec un personnel qui aspire à de véritables liens. Les équipes de direction doivent agir rapidement en tenant compte de cette réalité. Pour remédier à l’atrophie de la culture d’entreprise, il faut reconstruire les mécanismes qui permettent d’aligner les paroles sur les actes, la stratégie sur les comportements et la vision du dirigeant sur le quotidien des collaborateurs.

Les entreprises qui parviendront à s’imposer ici n’y parviendront pas grâce à des campagnes de façade. Elles y parviendront en repensant la manière dont la culture d’entreprise est entretenue, en mettant en place des boucles de rétroaction plus rapides, en adoptant un comportement managérial authentique et en mettant en place des systèmes décisionnels qui renforcent chaque jour les valeurs affichées.

La transformation est désormais un processus continu, ce qui rend les modèles culturels traditionnels obsolètes

Le rapport « State of Organizations 2026 » de McKinsey, qui s’appuie sur les réponses de plus de 10 000 cadres supérieurs dans 15 pays, confirme ce que la plupart des dirigeants ressentent déjà : la transformation n’est plus une phase ponctuelle. Elle est permanente. Les entreprises passent d’un changement axé sur des projets à une approche où le changement fait partie intégrante de l’activité — un rythme continu où la transformation n’a pas de ligne d’arrivée. Les anciens modèles culturels avaient été conçus pour un environnement différent, où la stabilité finissait par revenir. Ce monde n’existe plus.

Les programmes de culture d’entreprise traditionnels étaient conçus pour des vagues de changement bien distinctes : une fusion, l’arrivée d’un nouveau PDG ou une initiative numérique sur trois ans. Une fois la « tempête » passée, les entreprises se reconstruisaient et allaient de l’avant. On partait du principe que la stabilité succéderait à la perturbation. Aujourd’hui, il n’y a plus de point de réinitialisation, ni de référence stable vers laquelle revenir. L’environnement change à nouveau avant même que la vague précédente ne se soit apaisée. Lorsque les dirigeants tentent d’appliquer les principes culturels d’hier à cette nouvelle réalité, il ne s’agit pas d’un échec d’exécution, mais d’un défaut de conception.

Les données de McKinsey montrent que 75 % des organisations ne parviennent pas à instaurer une culture d’entreprise hautement performante, et que moins de 25 % d’entre elles obtiennent des résultats durables grâce à leurs efforts. Les dirigeants citent la lenteur des cycles de retour d’information et le manque d’alignement des mesures d’incitation comme principaux obstacles. Il ne s’agit pas de problèmes isolés ; ils révèlent un décalage structurel plus profond entre les systèmes culturels existants et le rythme de la transformation.

Les dirigeants doivent commencer à envisager la culture d’entreprise de la même manière qu’ils envisagent les systèmes opérationnels, c’est-à-dire en y intégrant une capacité d’adaptation. La culture doit évoluer aussi rapidement que la stratégie. Cela implique de ne plus dépendre des cycles annuels et de s’orienter vers une veille et une adaptation continues. La question essentielle n’est plus de savoir comment stabiliser l’entreprise après un changement, mais comment être performant dans un mouvement permanent.

Aujourd’hui, le succès du leadership repose sur l’intégration de la capacité d’adaptation culturelle au cœur même de la structure de l’organisation, sur des mesures en temps réel, sur des cycles d’apprentissage rapides et sur des pratiques de leadership conçues pour favoriser une évolution permanente. Les entreprises qui opéreront cette transition ne se contenteront pas de survivre au changement permanent : elles le considéreront comme leur mode de fonctionnement normal.

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Les programmes annuels de développement de la culture sont trop lents pour permettre une transformation en temps réel

La plupart des organisations s’appuient encore sur des enquêtes annuelles auprès des salariés pour évaluer l’engagement et la culture d’entreprise. Ce modèle n’est plus adapté. La rapidité avec laquelle les changements s’opèrent aujourd’hui rend les données annuelles pratiquement obsolètes dès leur publication. John Moore, ancien cadre supérieur chargé des opérations au sein de deux des plus grandes entreprises mondiales et aujourd’hui fondateur d’une société qui mesure le sentiment des collaborateurs en temps réel, l’a très bien expliqué. Il a déclaré : « À mon sens, l’enquête annuelle traditionnelle auprès des collaborateurs est obsolète. Elle ne fonctionne pas. »

L’expérience de M. Moore met clairement en évidence ce problème. Alors que les dirigeants ont un accès immédiat aux indicateurs opérationnels, aux prévisions de ventes, aux taux d’utilisation et aux indicateurs de qualité, les données permettant de suivre le moral, la motivation et la confiance des collaborateurs arrivent avec plusieurs mois de retard. Il s’agit là d’un angle mort stratégique. Les dirigeants se retrouvent ainsi à analyser des informations obsolètes, alors que la culture d’entreprise et les performances peuvent évoluer d’une semaine à l’autre.

Pour les décideurs, ce retard a un coût élevé. Si les problèmes liés au moral ou à l’engagement ne sont mis en évidence qu’une fois par an, une organisation perd sa capacité à corriger le tir à temps. Les données opérationnelles en temps réel exigent des données RH en temps réel. Les dirigeants ont besoin de systèmes qui leur fournissent en permanence des informations sur la manière dont les collaborateurs réagissent à une transformation rapide et sur les domaines dans lesquels une intervention de la direction est nécessaire.

La prochaine étape consiste à mettre en place une infrastructure d’écoute qui fonctionne au même rythme que l’ensemble des autres activités de l’entreprise. Les systèmes de retour d’information en continu permettent aux dirigeants de détecter plus rapidement les décalages, d’agir plus vite et de maintenir la performance grâce à une transformation constante. Les entreprises qui opéreront cette transition passeront moins de temps à réagir et davantage à créer une dynamique.

Les systèmes de culture en continu doivent remplacer les programmes ponctuels

Chez Garner Health, Valentina Gissin, directrice des ressources humaines, met ce nouveau modèle en pratique. Elle a rejeté l’ancienne approche consistant à mettre les valeurs par écrit, à les présenter lors de réunions et à considérer cela comme un travail sur la culture d’entreprise. Elle a plutôt mis en place un système lié à la performance qui évolue en permanence avec l’organisation. Selon ses propres termes, « dans ce contexte, il est très difficile de justifier de laisser les retours d’expérience en suspens jusqu’à la fin de l’année ».

Son système repose sur la transparence et la cohérence. Les retours d’information circulent en permanence, entre pairs, vers le haut comme vers le bas, et sont visibles dans toute l’entreprise. Les valeurs culturelles ne sont pas abstraites. Elles sont définies comme des compétences mesurables pour chaque niveau de l’organisation, des cadres dirigeants aux responsables opérationnels. Elles sont directement intégrées aux systèmes d’évaluation des performances, de sorte que les valeurs de l’entreprise sont directement liées à la manière dont elle mesure la réussite.

Cette approche s’étend à l’intégration des nouveaux collaborateurs. Chaque nouvelle recrue chez Garner Health consacre ses premiers mois à participer à des sessions de cas pratiques basées sur des scénarios adaptés à des situations professionnelles réelles. Ces sessions sont conçues pour aligner les comportements et la prise de décision sur la culture de l’entreprise dès le premier jour. Il ne s’agit pas d’une simple séance d’orientation, mais d’un processus immersif qui ne cesse d’évoluer au fur et à mesure que l’entreprise se développe.

Mme Gissin reconnaît que la transparence peut être source de malaise. La publication ouverte des retours d’expérience a suscité des inquiétudes et incité certains employés à remettre en question le processus. Sa solution était simple mais ferme : clarifier les attentes dès le début du processus de recrutement afin que les candidats réticents à la transparence se désengagent avant de rejoindre l’entreprise. « Les gens ne veulent pas évoluer dans une culture où l’on peut recevoir des retours d’évaluation dès l’entretien », a-t-elle déclaré. « Ils ne souhaitent probablement pas faire partie de notre culture. »

Son expérience chez Bridgewater, une entreprise réputée pour sa culture du feedback radicale, lui a appris que le feedback à haute fréquence ne fonctionne que lorsqu’il est axé sur le développement et non sur le jugement. Attribuer définitivement une étiquette aux personnes sur la base de ce feedback fausse le processus. Ce qui reste efficace, ce sont les remarques constructives en temps réel qui favorisent la croissance et la capacité d’adaptation.

La leçon à retenir pour les dirigeants est claire : les systèmes de retour d’information continu ne sont pas facultatifs, ils constituent une infrastructure essentielle. Mais la rapidité à elle seule ne suffit pas à garantir leur efficacité. Ils doivent être animés par une volonté de développement. Les organisations qui sauront en tirer les bonnes conclusions créeront des cultures capables d’apprendre et de s’adapter aussi rapidement que l’entreprise elle-même évolue.

Le rôle des ressources humaines doit évoluer : il ne doit plus se limiter à la gestion du changement, mais viser à renforcer les capacités d’adaptation continue

Les ressources humaines ont atteint un tournant décisif. Pendant des décennies, les RH ont géré le changement comme une série de projets à contrôler, à mesurer et à mener à bien. Cette approche n’est plus adaptée au rythme du monde dans lequel les organisations évoluent aujourd’hui. La transformation n’est plus ponctuelle, elle est permanente. Le véritable défi qui attend les responsables RH n’est pas de gérer les bouleversements une fois qu’ils se produisent, mais de doter les collaborateurs des capacités nécessaires pour s’adapter en permanence.

Les études de Gartner montrent l’ampleur du problème. Seuls 47 % des directeurs des ressources humaines estiment que leur culture d’entreprise est actuellement un moteur de performance, et à peine 43 % des collaborateurs considèrent que leur culture d’entreprise favorise leur réussite. Ces chiffres révèlent un problème systémique urgent. Les fonctions RH sont encore conçues pour des conditions statiques. Elles s’appuient sur des processus figés, des cycles d’évaluation lents et des évaluations annuelles, alors que l’entreprise fonctionne désormais en temps réel.

Pour répondre à cette évolution, les RH doivent intégrer la culture d’entreprise et la capacité d’adaptation directement dans les opérations quotidiennes. Cela implique de faire évoluer la gestion de la culture d’entreprise d’une fonction isolée vers un élément à part entière de l’architecture de retour d’information de l’entreprise. Cela inclut l’analyse des sentiments en temps réel, le développement continu des compétences et l’itération rapide des pratiques de direction. Les systèmes autrefois purement administratifs, tels que la gestion de la performance ou l’engagement des collaborateurs, doivent devenir des outils dynamiques capables de détecter et de réagir instantanément aux évolutions de l’organisation.

Les dirigeants ne peuvent pas se permettre de considérer cette réorientation comme une initiative secondaire. Lorsque le changement est incessant, c’est la rapidité de la réaction qui détermine la compétitivité. Les services RH modernes agiront moins en tant que simples gestionnaires de politiques et davantage en tant qu’ingénieurs de systèmes internes, en créant des environnements qui harmonisent les personnes, la performance et la culture au même rythme que la transformation.

Le défi concret ne consiste pas à multiplier les nouvelles enquêtes ni à lancer une nouvelle campagne d’engagement. Il s’agit de reconstruire les fondements afin que les données culturelles, les indicateurs de performance et le développement des collaborateurs évoluent en phase avec le changement stratégique. Les entreprises qui y parviendront redéfiniront la place des ressources humaines au sein de l’entreprise, faisant passer ce service d’un centre de coûts confronté aux bouleversements à un acteur central qui définit la manière dont l’organisation apprend, s’adapte et maintient son élan.

Pour les dirigeants, il s’agit d’un choix stratégique. Soit vous mettez en place des systèmes qui aident vos collaborateurs à évoluer aussi rapidement que l’entreprise, soit vous prenez du retard en essayant de gérer un environnement qui n’offre plus aucune stabilité.

Principaux enseignements pour les dirigeants

  • L’atrophie de la culture d’entreprise affaiblit la cohésion organisationnelle : la culture perd de son pouvoir à mobiliser les équipes et à stimuler la performance, seuls 47 % des directeurs des ressources humaines la considérant comme un moteur de performance. Les dirigeants doivent rétablir la confiance grâce à un comportement cohérent, une communication transparente et des systèmes de valeurs qui reflètent la réalité quotidienne.
  • Les modèles culturels traditionnels ne sont plus adaptés à une transformation continue : les données de McKinsey montrent que 75 % des entreprises ne parviennent pas à instaurer une culture d’entreprise hautement performante et durable. Les dirigeants doivent intégrer la capacité d’adaptation au cœur de leurs modèles opérationnels afin que la culture d’entreprise évolue au même rythme que les changements de l’entreprise.
  • Les cycles de retour d’information annuels sont trop lents pour permettre une transformation en temps réel : le retard dans la collecte des données relatives au moral des collaborateurs oblige les dirigeants à réagir à des problèmes désormais dépassés. Les dirigeants devraient adopter des systèmes de retour d’information en continu qui offrent une visibilité en temps réel sur la dynamique et l’engagement du personnel.
  • Les systèmes de culture d’entreprise continue améliorent la performance et l’alignement : des dirigeantes telles que Valentina Gissin, chez Garner Health, démontrent que des environnements de retour d’information transparents et permanents renforcent la responsabilisation et l’agilité. Les dirigeants devraient mettre en place des systèmes de culture d’entreprise et de performance capables de s’adapter au quotidien.
  • La mission des RH doit évoluer : il ne s’agit plus seulement de gérer le changement, mais de favoriser la capacité d’adaptation. La transformation étant désormais permanente, les RH doivent mettre en place des systèmes qui encouragent l’apprentissage, le retour d’information et l’agilité à tous les niveaux. Les décideurs doivent financer des infrastructures permettant d’harmoniser en temps réel la culture d’entreprise, la performance et la stratégie.

Alexander Procter

juillet 21, 2026

14 Min

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