L’assurance cybernétique passe du transfert de risque à la visibilité du risque
L’assurance cybernétique était autrefois un tampon financier. Vous l’achetiez en espérant ne jamais l’utiliser. Ce modèle ne fonctionne plus. Aujourd’hui, l’assurance fait partie d’une stratégie numérique plus large, un élément actif dans la façon dont les entreprises gèrent les menaces qui pèsent sur leur infrastructure.
Les assureurs ne se contentent plus de proposer une couverture. Ils recherchent des preuves, des signes réels et mesurables montrant que les entreprises comprennent leur propre exposition aux risques. Il s’agit notamment de savoir si elles surveillent bien leurs systèmes internes, si elles ont une bonne visibilité des risques liés aux tiers et si elles sont en mesure de détecter les menaces à un stade précoce. Ils vous demandent si vous pouvez prouver que votre entreprise réduit les cyberrisques et ne se contente pas de réagir lorsque les choses tournent mal.
Les chefs d’entreprise doivent changer d’état d’esprit. La sécurité ne doit pas être une liste de contrôle. Il faut l’intégrer dans vos systèmes, vos pratiques et vos relations. Considérez la cyberassurance comme un élément du système d’incitation. Plus vous montrez votre position face au risque, plus les conditions de votre couverture sont avantageuses et plus l’alignement entre vos opérations technologiques et votre résilience financière est important.
Les chiffres montrent ce qui est en jeu. Selon des données récentes, 46 % des organisations ont subi au moins deux cyberattaques distinctes liées à la chaîne d’approvisionnement au cours de l’année écoulée. Cela signifie que près de la moitié des entreprises sont exposées à des attaques extérieures. Vous ne pouvez pas gérer cela passivement. Si votre environnement numérique est partagé, votre responsabilité l’est aussi.
La visibilité des niveaux les plus profonds de la chaîne d’approvisionnement est essentielle pour une gestion efficace des cyberrisques.
La plupart des entreprises se concentrent sur les fournisseurs de premier rang, les vendeurs avec lesquels elles signent des contrats, ceux qui envoient des factures. Mais les attaquants vont plus loin. Ils ciblent les points faibles de votre chaîne d’approvisionnement étendue, les fournisseurs des fournisseurs, etc. C’est là que vous êtes réellement exposé. Et c’est précisément là que la plupart des entreprises manquent de visibilité.
Les assureurs ont compris. Ils veulent savoir non seulement avec qui vous travaillez, mais aussi sur qui vos partenaires s’appuient. En effet, si le fournisseur de services de sauvegarde de votre vendeur se fait pirater, vos systèmes pourraient également être compromis. Le manque de visibilité n’est pas seulement un problème technique, c’est aussi un problème de gouvernance.
Les dirigeants doivent envisager les cyberrisques de la même manière que les risques financiers : non pas de manière isolée, mais en cascade. Si votre fournisseur de services de quatrième niveau est compromis et que vous ne savez même pas qui il est, vous ne gérez pas la cybersécurité, vous faites des suppositions.
Cela est d’autant plus important dans les secteurs à fort impact tels que la finance et le commerce de détail, où la perturbation d’un seul lien peut avoir des répercussions sur les marchés. Une cartographie complète, au-delà du premier niveau, n’est plus facultative. Elle est attendue. Cela signifie qu’il faut déployer des outils qui suivent les dépendances numériques et mettre à jour ces cartes au fil du temps. Pas une fois par an.
Il ne suffit plus de s’appuyer sur un certificat de bonne santé délivré par votre meilleur fournisseur. Les assureurs, les régulateurs et les clients veulent la preuve que vous connaissez votre risque de bout en bout. Si ce n’est pas le cas, d’autres le remarqueront avant vous.
Le cyberrisque systémique dans les écosystèmes numériques interconnectés est une préoccupation majeure pour les assureurs
Les entreprises sont aujourd’hui connectées aux mêmes plateformes numériques. Elles utilisent les mêmes fournisseurs de cloud, les mêmes processeurs de paiement, les mêmes fournisseurs de services informatiques. Cela crée une surface de risque concentrée. Lorsque l’un de ces fournisseurs partagés est compromis, l’impact ne s’arrête pas à une seule entreprise, il se propage à toutes les personnes connectées à ce service.
Les assureurs le savent. Ils examinent attentivement la manière dont les assurés sont connectés, non seulement à leurs fournisseurs, mais aussi entre eux. Si plusieurs clients dépendent de la même infrastructure, un seul incident peut entraîner des pertes pour l’ensemble d’un portefeuille d’assurance. Il s’agit là d’un risque systémique. Et sans données claires sur la manière dont ces connexions sont structurées, il est difficile de tarifer ou de gérer ce risque avec précision.
Les dirigeants doivent comprendre les implications des deux côtés. Du point de vue de l’assurance, vos dépendances numériques pourraient influencer vos primes, les limites de votre police et vos conditions. D’un point de vue opérationnel, il s’agit de la continuité des activités. Si une plateforme dont vous dépendez est compromise, la question est la suivante : à quelle vitesse pouvez-vous récupérer et dans quelle mesure avez-vous isolé vos systèmes ?
Aujourd’hui, les assureurs s’éloignent des questionnaires statiques. Ils veulent des informations dynamiques, une visibilité permanente sur la façon dont votre infrastructure est connectée et sur la façon dont cette connexion évolue au fur et à mesure que vous vous développez. Si votre entreprise s’appuie fortement sur des services partagés, vous devez avoir une idée claire de l’étendue et de la profondeur de cette dépendance. Sans cela, vous vous exposez à une propagation des risques difficile à anticiper et à contenir.
La collaboration entre les entreprises renforce la cyber-résilience
Les cybermenaces ne s’arrêtent pas à la périphérie de vos systèmes. Une attaque contre un fournisseur partagé ou un vendeur peut créer des dommages collatéraux pour tous ceux qui sont liés à cet environnement. Des attaques comme celles de SolarWinds et de MOVEit l’ont clairement montré : des centaines d’organisations ont été touchées par un seul vecteur de violation. C’est pourquoi la collaboration entre les entreprises n’est pas seulement utile, elle est nécessaire.
Les assureurs et les régulateurs amplifient ce message. Ils le disent clairement : la résilience est de plus en plus collective. Des cadres tels que la Loi sur la résilience opérationnelle numérique de l’UE (DORA) de l’Union européenne et les orientations politiques de la Prudential Regulation Authority (PRA) et de la Financial Conduct Authority (FCA) du Royaume-Uni incitent désormais à une plus grande transparence et à une responsabilité partagée dans la gestion des risques liés aux tiers.
Pour les dirigeants, cela signifie qu’il faut aller au-delà de la surveillance interne des menaces. Vous devez échanger des informations en temps réel avec vos homologues du secteur, disposer de plateformes pour coordonner les réponses et participer à des initiatives sectorielles. Si d’autres entreprises de votre secteur subissent des attaques contre un service partagé, vous devez le savoir rapidement, idéalement avant que vos systèmes ne soient touchés.
Les équipes de cybersécurité bénéficient de ce niveau d’échange d’informations. Mais surtout, les conseils d’administration et les équipes dirigeantes en profitent également. La prise de décisions stratégiques et opportunes en matière de risques dépend d’informations externes. Et les entreprises qui restent cloisonnées, essayant de tout gérer en interne, perdent en rapidité et en temps de réaction dans cet environnement.
Les assureurs récompensent les mentalités collaboratives par une meilleure visibilité, des ensembles de données plus riches et une prise de décision plus intelligente au niveau du portefeuille. Les données qu’ils obtiennent en retour alimentent la tarification, la prévision des sinistres et la conception des services. Lorsque vous apportez votre contribution, vous ne vous contentez pas de réduire votre propre risque, vous améliorez la résilience de l’ensemble de l’écosystème.
La transparence proactive améliore la confiance et les résultats en matière d’assurance
Les assureurs n’attendent pas la perfection. Ils attendent de la clarté. Ce qui compte le plus aujourd’hui, c’est votre degré de compréhension de votre propre exposition, votre honnêteté à ce sujet et la structure de vos plans d’intervention. C’est ce qui crée la confiance, et la confiance influe sur le type de conditions que vous obtiendrez des assureurs.
La transparence proactive donne confiance aux assureurs. Lorsque vous leur présentez des modèles de gouvernance clairs, des plans de réponse aux incidents détaillés et un processus de gestion des risques de la chaîne d’approvisionnement défini, vous ouvrez la voie à une meilleure tarification et à l’accès à des services de grande valeur. Cela inclut une assistance plus rapide en cas d’incident, des équipes médico-légales et des conseils juridiques. Il ne s’agit pas de simples compléments. Ils sont essentiels à la continuité de l’activité et à la stabilité de la réputation en cas de problème.
Du point de vue de la direction, cela signifie qu’il faut intégrer les rapports sur la posture cybernétique dans les décisions prises au niveau du conseil d’administration. La transparence n’est pas seulement une initiative informatique, elle est aussi opérationnelle. Vous n’avez pas besoin d’afficher votre invulnérabilité. Vous devez faire preuve de contrôle, de discipline et d’investissement. C’est ce que les assureurs veulent voir : une entreprise capable de se gérer elle-même en cas de stress.
Le risque cybernétique est dynamique. Si vos données et vos outils de reporting sont obsolètes ou insuffisants, cela se répercute sur votre profil de risque et sur les conditions que vous obtiendrez de votre assureur. Le maintien de la transparence exige un travail continu. Mais l’avantage est la stabilité, une meilleure préparation et une position de négociation plus forte.
L’assurance cybernétique doit être considérée comme un partenariat dynamique et non comme un produit statique.
L’ancien modèle, qui consistait à faire une demande une fois, à soumettre une liste de contrôle et à renouveler l’assurance chaque année, est révolu. Aujourd’hui, la cyberassurance exige une relation permanente entre votre entreprise et votre fournisseur. Les assureurs veulent mieux comprendre l’évolution de votre environnement, et ils développent des outils et des cadres pour soutenir cette visibilité.
Pour les chefs d’entreprise, cela change l’approche. L’assurance ne peut plus être considérée comme une simple question de conformité ou d’approvisionnement. Elle doit faire partie intégrante de votre fonction globale de cybersécurité. Cela signifie des conversations régulières avec les souscripteurs, des mises à jour de votre infrastructure numérique et des évaluations conjointes des risques émergents.
Les avantages de cette approche sont tangibles. Les assureurs qui connaissent en temps réel vos pratiques en matière de cybersécurité peuvent évaluer les risques plus efficacement, réagir plus rapidement en cas d’incident et proposer une assistance personnalisée adaptée à vos systèmes les plus critiques. Pour votre entreprise, cela signifie plus de contrôle et moins de surprises.
Plus important encore, un véritable partenariat avec votre assureur vous permet de repérer rapidement les zones d’ombre. Il transforme le processus d’assurance en un mécanisme de retour d’information. Vous ne vous contentez pas de transférer le risque, vous rendez activement votre organisation plus résiliente au fil du temps. Cet état d’esprit, fondé sur la collaboration, la continuité et les données, est ce qui distingue les acheteurs d’assurance statiques des entreprises proactives et prêtes pour l’avenir.
Principaux enseignements pour les décideurs
- Traitez l’assurance cybernétique comme une intelligence du risque : Les dirigeants doivent considérer l’assurance comme un élément de leur stratégie de défense active, et non comme un simple soutien financier. Les assureurs récompensent désormais les organisations qui prouvent qu’elles peuvent réduire les risques numériques, et pas seulement les assurer.
- Renforcez la visibilité au-delà de vos fournisseurs de premier rang : Les risques liés à la chaîne d’approvisionnement se situent souvent à plusieurs niveaux. Les dirigeants devraient investir dans des outils et des processus permettant de cartographier les risques au-delà des partenaires directs afin d’éviter les angles morts exploités par les attaquants.
- Préparez-vous au risque systémique dans les environnements numériques partagés : Les entreprises qui utilisent des plateformes cloud et logicielles communes sont davantage exposées à des incidents en cascade. Les décideurs doivent comprendre leurs dépendances numériques pour évaluer le véritable risque systémique et prévenir l’impact sur l’ensemble du portefeuille.
- Adoptez la collaboration interprofessionnelle pour renforcer la cyber-résilience : Les cybermenaces sont rarement isolées. Les dirigeants doivent privilégier l’échange de renseignements et participer à des initiatives sectorielles afin de renforcer la préparation collective et de répondre aux attentes croissantes en matière de réglementation.
- Utilisez la transparence comme un avantage stratégique auprès des assureurs : Les assureurs favorisent les organisations qui font preuve de gouvernance, de clarté et de contrôle. Les dirigeants peuvent obtenir de meilleures conditions et des capacités de réponse plus rapides en affichant ouvertement leur maturité cybernétique.
- Alignez l’assurance sur l’amélioration continue de la cybersécurité : L’assurance cybernétique doit fonctionner comme un partenariat et non comme une transaction. Les chefs d’entreprise doivent maintenir un dialogue actif avec les assureurs afin d’identifier les lacunes, d’améliorer les réponses et de rester à la pointe de l’évolution des menaces.


